EVA EGEMONIA ( Chapitre 3 à 5 )

                                                                

   

           

  EVA EGEMONIA  

Chapitre III 


   Armand regagna son appartement et voulut commencer à rédiger un brouillon à partir de ce qu’il avait vu et de ce qu’il avait cru comprendre pendant son entretien avec “ cette Madame Eva " qui malgré ses grands airs n’était certainement rien d’autre qu’une poule de luxe.

 Mais il avait beau essayer de broder autour du thème, il lui manquait pas mal d’éléments pour écrire un bon papier, moins encore pour faire la première page. Et puis …, sa curiosité le titillait. Il voulait en savoir plus. Il en était sûr, il tenait un bon sujet, suffisamment scabreux pour maintenir en haleine toutes sortes de lecteurs qui aimeraient être cachés derrière ce putain de miroir. Mais voilà ça manquait de détails licencieux, voire obscènes. Dans l’esprit du commun des mortels, le BDSM, “ Faut qu’ça soit gore ! Faut qu'ça saigne ! ”

C’était décidé, il ferait cette initiation au péril de sa pudeur. Enfin de ce qui lui en restait car il pensait en connaître déjà beaucoup sur tous ces sujets pernicieux.  

   Il entama donc un échange de mails avec Cassandra qui lui expliqua les conditions de sa journée découverte. Ils durent discuter ensemble de ses envies, de ses hobbies, de ses jeux érotiques éventuels, de sa personnalité, de lui en somme. Armand avait plutôt l’impression de subir une consultation de psychanalyste par ordinateur interposé. Il aurait préféré ne pas être obligé de déballer toutes ses confidences. Mais il dû écrire une liste des choses qu’il aimait ou detestait, que se soit en matière de sexe ou non. Il dû aussi y ajouter ses phobies, ses fantasmes, et pour que l’expérience soit concluante, il se devait d’être sincère. Devant toutes les questions d’ordre privé de Cassandra, il dût donc avouer qu’il pouvait, entre autres, s'émouvoir facilement et qu’il n’était pas très résistant à la douleur. Enfin il accepta les exigences de Madame Eva à condition qu’elle respecte les limites qu’ils avaient définies. 

 Il compta les jours, à la fois impatient et quelque peu hésitant car son imagination galopante l’avait rendu inquiet. 

  

                                                         Chapitre IV ( Le baptême )


    Quelques jours plus tard, l’heure de son supplice était arrivée. Il se présenta devant le manoir. Il hésita encore une seconde avant d'appuyer sur la sonnette. Les loquets jouèrent et la serrure se déverrouilla. Il s’attendait à voir la jolie Marie, mais ce fut Firmin qui ouvrit la porte pour l'accueillir. 

  • “ Bonjour Mr Armand ! Bienvenue au Manoir ! ”

 Dit-il d’une voix grave. Puis en tendant ses mains chaussées de gants blancs, il ajouta : 

  • “ Je vais vous débarrasser ! ”.

 Bien que surpris et tout en se demandant si c’était son véritable prénom, Armand lui répondit : 

  • “ Bonjour Firmin ! Merci ! ”. 

Le majordome pendit le manteau d’Armand au porte manteau perroquet et dit en se retournant : 

  • “ Maîtresse Eva vous attend au petit salon, si vous voulez bien me suivre ! ”. 

Encore une fois impressionné par tout ce tralala, Armand lui emboîta le pas. La démarche du serviteur n’était pas aussi agréable à regarder que celle de sa collègue mais il fallait bien avoué qu’il avait belle allure dans son uniforme soigné constitué d’un pantalon noir à coupe droite, et d’une chemise blanche recouverte d’un gilet à manches courtes brodé sur le devant, de liserets dorés verticaux. Le col de sa chemise était fermé par un noeud papillon dans le même ton que son pantalon et ses mains étaient gantées de blanc. Il était grand et bien bâti. C’est pourquoi Armand se dit que malgré sa livrée impeccable et ses manières distinguées, il devait être suffisamment costaud pour sortir manu militari un fauteur de trouble. Il était sûrement là pour faire, entre autres choses, office de videur en cas de nécessité. Armand n’eut pas le temps d’épiloguer sur le “ entre autres choses ” que Firmin, non sans avoir frappé, ouvrait déjà la porte du petit Salon : 

  • “ Maîtresse ! Mr Armand est arrivé ! ”. 

Il s'effaça pour le laisser entrer.

  • “ Bien , préviens Marie ! ” Dit Cassandra. Puis elle se dirigea vers Armand. 

  • “ Ha monsieur Armand, je suis ravie de votre décision ! ”. 

En réalité, en fine manipulatrice, elle l’avait amené là où elle voulait. Elle comptait sur lui et sur son reportage pour faire évoluer tous les lieux communs au sujet de ses activités. Et même qu'elles soient plutôt considérées, au-delà du plaisir sexuel, comme un remède, voire une thérapie. Elle poursuivit : 

  • “ Mais avant de vous en dire plus, veuillez me signer ce contrat où vous approuvez les clauses que nous avons déjà énoncé les fois passées et considérez le comme un pacte avec le diable…” Après une très courte pause, elle ajouta: “ Avec tout ce que cela sous-entend. ” 

Elle avait prononcé cette phrase d’une voix grave et solennelle et son visage fermé ne semblait pas plaisanter. Armand jeta un rapide coup d’oeil au document et quand il y eut apposé sa griffe au bas, en se disant que ce bout de papier n’avait guère de valeur juridique, elle poursuivit sur le même ton comme si elle avait deviné sa pensée : 

  • “ Nous sommes désormais liés, Armand. Mais sachez tout de même qu’il y a dans mes relations des gens très influents qui prendraient bien du plaisir à vous pourrir la vie si vous ne respectiez pas vos engagements ! ”. 

Formulée de cette façon, la menace semblait bien réelle. Ne sachant pas vraiment quoi répondre, Armand se mordit la lèvre et acquiesça d’un petit mouvement de la tête. En voyant son air un peu gêné, Cassandra su qu’elle avait produit son petit effet. Elle sourit et dit en le regardant droit dans les yeux :

  • “ Allons ! Ne vous inquiétez pas ! La confiance réciproque est une des bases fondamentales de notre collaboration ! ”. 

Cassandra agita une petite clochette qui fit apparaître la servante dans son costume impeccable.

  • “ Marie, mène ce monsieur au donjon et prépare le pour son baptême.

  •  Bien Maîtresse ! ”

Armand suivi la jeune femme se delectant par avance de la voir monter l’escalier. Et il ne fut pas déçu par le spectacle. Marie le précéda et il ralentit sa marche pour être suffisamment en arrière et avoir pleine vue sur sa croupe ondulante. Sous sa courte robe, elle portait une culotte de soie blanche, par-dessus un porte-jarretelle de même couleur. Le serre taille retenait des bas résille qui quadrillaient de blanc la peau rosée de ses cuisses. Cet escalier était bien trop court et ils furent trop tôt à l’étage. Ils traversèrent le couloir. Armand cru percevoir quelques murmures plaintifs provenant d’une des chambre du couloir avant de se retrouver devant la porte du donjon. Quand Marie l’ouvrit, Armand eut un instant d’hésitation. Une petite poussée, légère mais ferme, au niveau des reins l’obligea à entrer tandis que Marie l’encourageait en disant : 

  • “ Allons y Monsieur Armand ! Ça va bien se passer ! Ma Maîtresse va bien s’occuper de vous ! Vous en avez de la chance…! ”

Puis elle ajouta : 

  • “ Si vous voulez bien vous débarrasser ! ”

Armand comprit que par se débarrasser, elle entendait “se déshabiller”. Certes il n’était pas du genre prude mais se déloquer comme ça devant une inconnue… L’effet qu’avait produit son dehanché sur le sexe d’Armand pendant leur escalade venait tout à coup de disparaitre. Il passa derrière un paravent pendant que Marie lui expliquait : 

  • “ Si elle t’y autorise, tu ponctueras toutes tes phrases du mot Madame ou Madame Eva ! Maîtresse étant réservé à ses disciplinés !  Allonge-toi sur l’autel ! Tout d’abord, je vais t’entraver si tu veux bien ? Mais il est encore temps de renoncer ! ”.

Armand fut tenté de se rhabiller. Pour le mettre dans l’ambiance, Marie venait de le tutoyer, le rabaissant à son niveau de servante. Il n’était plus Monsieur Armand. Il venait de devenir un protégé de “ Madame Eva Egemonia ”, un de ses jouets, sa chose, son esclave.

Tandis que Marie choisissait parmis les bracelets de cuir lesquels conviendraient le mieux, elle prononça un petit discours que l’on sentait déjà formulé à de nombreuses reprises :  

  • “ Le manque de liberté consenti simule ta protestation. Mais c’est déjà en soi un prétexte à ton acceptation de ce qui va suivre. C’est une excuse, un refuge pour ton esprit qui se dit “ C’est pas moi, c’est un autre et il est obligé ! ”.

Tout en s’étendant nu comme un ver sur le skaÏ glacé Armand se répéta : “ C’est pas moi, c’est un autre et il est obligé ”. Mais quand Marie lui prit le poignet pour le passer dans la sangle, il était prêt à faire cesser le jeu. Il se reprit en se persuadant que c’était pour la bonne cause et qu’il obtiendrait peut-être, qui sait, le prix de meilleur journaliste d’investigation ? Il se laissa donc faire et Marie lui sangla les quatre membres, non sans loucher sur son entre-jambe d’un petit sourire gourmand.

  • “ Bien ! Maintenant, je vais te couvrir les yeux avec ce masque occultant. Il te privera complètement du sens de la vue ce qui t'obligera à écouter, sentir et ressentir ”.

Elle l’aveugla avec un large bandeau de velour noir. 

  • “ A présent je vais te laisser. Madame Eva prendra soin de toi dès qu’elle sera prête ”.

Sans une parole de plus, Marie quitta la pièce et referma la porte.

Armand se retrouva seul dans l’obscurité. Il tira sur ses chaînes, il était bel et bien amarré à la table. A poil, bras et jambes écartés, la bite et les couilles exposées à dieu sait quel sacrifice, entre les mains d’une bande de cinglés. Mais quelle idée il avait eu là. On ne pouvait pas être plus con. Les minutes passèrent sans un seul bruit autour. Le faux cuir s’était réchauffé sous lui au contact de son corps mais un petit courant d’air lui donnait la chair de poule. Il nota une odeur, quelque chose brûlait qui sentait bon, de l’encens peut-être ? Et puis une odeur de cuir graissé, et d’huile parfumée qu’il n’avait pas remarqué avant. Dans son esprit, il revit la pièce, essayant de se positionner à l'intérieur. Les tentures rouges, le prie-dieu dans un coin, la croix de St André dans le fond, les didlos sur leur étagère, les râteliers pleins d’ustencils contre un mur. Ces outils lorgnaient sur lui comme sur une proie . Il crut même entendre leurs murmures se quereller sa carcasse.

  •  “ Il est pour moi ! ”. Chuchotait la cravache… 

  • “ Non moi d’abord ! ”. Enchérissait le chat à neuf queues. 

  • “ Nous  voulons goûter sa peau tendre de puceau novice ”. Sussurait à leur tour les chaînes de métal brillant et les rivets pointus.


                                


Puis il y avait le grand miroir sur sa gauche. Oui d’ailleurs ce grand miroir…? Il n’avait pas remarqué si le rideau en était abaissé. Quelqu’un le regardait-il ? Es-qu’un inconnu allait se branler pendant que EVA la folle allait le torturer ? Dans quel merdier était-il allé se foutre ? Il se sentit mal à l'aise et commença à s’agiter. Sentant la panique l'envahir, il était prêt à crier, “ Rouge ! Rouge ! Rouge ! ” allant même jusqu’à douter, maintenant qu’il était neutralisé, que cela serve à quelque chose. Cependant il se retint quand il entendit la porte s’ouvrir dans un grincement qu’il n’avait pas constaté à son arrivée. Des pas s’approchèrent, il reconnut des talons ! Des frottements de tissus aussi, probablement du cuir ou peut-être du latex, ce serait bien le genre de la maison. Il se surprit à analyser son environnement immédiat et reconnut le parfum de Cassandra au moment même où celle-ci lui adressait la parole : 

  • “ Armand ! Petit curieux ! Qu’as-tu imaginé pendant ces quelques minutes ? Ne t'ont-elles pas paru interminables ? N’as-tu pas retrouvé des sens que tu pensais avoir oubliés ? As-tu éprouvé de la crainte et ressenti cette poussée d'adrénaline ? N’as-tu pas découvert que tu étais vivant et que tu souhaitais bien le rester ? ”.

En temps normal, il aurait admis qu’elle avait raison. Son arrivée l’avait calmé, même s'il s’attendait toujours au pire. Et il ne put s’empêcher de dire : 

  • “ Ah Cassandra ! Peut-on cesser ce petit jeu s’il vous plaît ? Détachez-moi ! ”.

  • “ Allons ! allons ! nous ne faisons que commencer ! Tu viens de recevoir ta première leçon. Laisse toi une chance de connaître mes secrets et d’ailleurs tu n’as pas encore prononcé le mot magique ! Je vois aussi que tu as fait quelques recherches à mon sujet mais n’oublie jamais que pour toi, ici et maintenant, je suis “ Madame Eva ! ”. 

Tandis qu’elle lui parlait, un objet étroit et doux glissait sur son corps lui procurant de petits frissons et laissant dès son départ une sensation de chair de poule. L’outil qui le caressait était un prolongement du bras d’Eva, qui semblait se tenir assez loin de la table, sans doute une baguette munie d’un embout de fins cordons. Le pompon frôlait sa peau, ses joues, son cou, son torse en encerclant ses mamelons, descendait sur son ventre, remontait sur ses flancs et redescendait pour insister sur ses parties intimes. Les cordons de cuir s’insinuaient entre ses cuisses, effleuraient ses testicules puis son gland, ce qui faisaient tressaillir sa verge. Ensuite le pompon traçait le chemin inverse avant d'entreprendre une nouvelle descente vers son sexe. 

Armand se laissa aller un instant aux caresses et sentant sa bite se redresser, il tenta une supplique : 

  • “ Cassandra s’il vous plaît ! .

  • Je vois que tu as besoin d’un bon dressage ! ” 

La cravache claqua sur l'intérieur de sa cuisse. Armand surpris lâcha une plainte, plus de surprise que de douleur et enchaîna :    

  • “ Pardon ! Pardon Madame Eva ! ”.

Il venait dès cet instant de rentrer dans le jeu et d’en accepter les règles.

La porte grinça de nouveau et des pas feutrés s'approchèrent de la table accompagnés de petits bruits cristallins qui ressemblaient à des perles de verre qui s’entrechoquent. Armand entendit une deuxième respiration et tourna la tête dans sa direction.

  • “ Quelqu’un est venu pour me seconder ! Je te laisse imaginer ta préférence, Marie ou Firmin… ? ”.

Eva laissa planer le doute quelques secondes dans un silence de sépulcre. Le ou la nouvelle venue ne disait mot. Armand n’entendait que sa respiration, il cherchait dans le souffle régulier un indice sur sa nature sexuelle. Il désirait que se soit Marie mais l’angoisse le prit quand il songea que ce pourrait-être Firmin qui l’observait, le détaillant sous tous les angles en attendant… Mais en attendant quoi ? Encore une fois il était prêt à crier “Rouge ! ”.

Madame Eva reprit : 

  • “ Allons ! Calme toi ! Si tu es sage, tu ne devrais pas le regretter ! ”. 

Les perles de verre s’agitèrent dans leur récipient et Armand perçut le bruit d’une allumette que l'on craque sur son grattoir, son odeur soufrée caractéristique, puis les émanations d’une bougie qui se consume. La cravache avait repris sa promenade sur son corps et fouettait ses cuisses à chaque passage. 

 Soudain des trucs glacés vinrent se poser simultanément sur ses tétons, les gelant instantanément. Armand eut un sursaut mais n’eut pas le temps de revenir de sa surprise que des gouttes de cire brûlantes remplaçaient l’eau fondue des glaçons. Les cubes de glace glissèrent jusqua son sexe aussitot poursuivit par la lave ardente de la chandelle. Ils s’y attardèrent congelant ses testicules qui se réfugièrent au plus profond de leurs bourses réduites d’un coup à leur stricte minimum. D'autres gelures se succédèrent autour de ses mamelons d’abord brûlantes, puis anesthésiantes, mais brusquement réveillées par la chaleur de la cire fondue. Eva en profita pour placer une petite pince sur chacun de ses tétons. Armand grimaça. Pendant ce temps, les cubes de glace survolaient son ventre et s'attardaient sur son gland avant de descendre et de finir de fondre entre ses jambes. Le liquide froid empruntait alors la raie de ses fesses pour inonder le skaÏ de la table. 

Armand avait perdu la notion du temps, son esprit avait du mal à analyser toutes les émotions qui le traversait, toutes les sensations qu’il ressentait. Il ne savait plus où il était, qui il était, comment il était arrivé là ? Comme s'il se trouvait pris dans un songe, en état de conscience modifié, il en vint à douter que ce soit vraiment lui qui se trouvait sur cet autel. Soudain, il sentit une main gantée prendre doucement sa verge, il ne bandait pas mais il ressentit aussitôt un frisson qui l’électrisa. La fine main enveloppa ses testicules et les malaxa quelques instants. Sa bite prit forme et la main s’y accrocha en lui imprimant un petit mouvement de va et vient qui la fit gonfler. Quand son gland se retrouva dans une bouche bien tiède et humide, il espéra que ce fut vraiment Marie et non Firmin qui lui pratiquait cette féllation. Mais il se laissa aller au baiser voulant savourer le moment. Des petits coups de langue suçait sa queue et quand la bouche se refermait autour, elle tétait son gland en faisant coulisser ses lèvres le long de la colonne. Armand se mit à gigoter et à faire remuer ses chaînes, soulevant son cul en rythme pour s’enfoncer plus loin dans la gorge qui le pompait. Il commença à râler sentant le plaisir qui montait. Alors, comme pour calmer ses ardeurs, Eva tira sur la petite chaîne qui unissait les deux pinces à tétons. Armand sentit la douleur, aussitôt suivit par une décharge d’adrénaline. Le plaisir revint, accru, concentré dans son appareil génital, Il n’était plus Armand le journaliste, il était une bite ! Une bite qui allait exploser. C’est ce qui arriva quand Eva, en flagellant son torse avec sa cravache, secoua à nouveau la chaînette. Armand émit bien quelques plaintes, mais jamais il ne pensa à crier “rouge". Soudain, il eut l’impression que sa bite éclatait tandis que la bouche continuait de s'activer. Elle ne la quitta pas tant qu’il y eut une goutte de liqueur à récupérer. Armand retomba sur le faux cuir, vidé, exténué, détendu. 

Eva se mit à rire et dit : 

  • “ Bienvenue dans le monde des dépravés, Armand le curieux ! Je te laisse quelques minutes pour te remettre. Marie va venir te libérer ”. 

Les deux officiants s’éloignèrent, la porte grinça et le doute revint dans la tête d’Armand. Venait-il de se faire suçer par un mec ? Non c’était pas possible…avec des mains si douces… des manières si délicates… ? Non décidément c’était impossible ! Mais putain … qu’elle pipe quand même ! 

  L’affaire n’avait sûrement pas duré une heure, mais Armand avait complètement perdu la notion du temps, il eut un peu de mal à redescendre. Assaillit par toutes sortes d'interrogations, il allait devoir remettre en questions toutes ses certitudes à propos de ces pratiques et surtout de lui-même car en fait il avait fortement apprécié cette torture aussi bien mental que physique.

La porte grinça à nouveau et les petits pas feutrés s’approchèrent en disant : 

  • “ Alors Armand, Ca as été ? ” 

Armand reconnut la voix de Marie qui venait le libérer. Elle lui ôta son bandeau et il commença à être soulagé quand il vit son petit air complice. 

  • “ C’était… fort ! Je ne pensais pas que ca puisse être aussi … puissant ! Enfin… je ne trouve pas les mots. Il va me falloir plusieurs jours avant de décrypter toutes ces informations pour les incorporer dans une ébauche d’article ”. 

Puis il ajouta sur un ton qui demandait une réponse.

  •  “ Je dois vous remercier ? ” .

Tout en finissant de le détacher, elle répondit avec un petit clin d’oeil : 

  • “ Ce fut avec plaisir ! Rhabille-toi ! Je t’attend pour t’accompagner au petit salon ! ”  

Complètement rassuré, Armand fila derrière le paravent pour enfiler ses vêtements. Avant de  quitter la pièce rouge, il y jetta un dernier regard. Il y avait tant de choses intrigantes dans ce donjon, dont certaines, dans le fond, qu’il serait bien tenté d’essayer. Il rejoignit Marie dans l’escalier.  Elle le pressa : 

  • “ Dépêche-toi ! Ne faisons pas attendre Maîtresse Eva ! ”. 

Après tant de familiarité, Armand accepta beaucoup mieux son tutoiement. 


                                                Chapitre V ( Débriefing )    


   Cassandra l'attendait assise dans son fauteuil de cuir. Elle s’était certainement changée et portait maintenant une tenue d'intérieur soyeuse, sobre mais toujours très classe. Firmin se tenait debout près d’elle, un petit plateau d’argent, avec deux verres, posé sur la main droite et une serviette immaculée pliée sur son avant bras gauche. Marie fit entrer Armand et disparue aussitôt. En voyant Firmin, Armand lui jeta tout de même un regard soupçonneux, vérifia ses mains, toujours gantées et chassa vite le doute qui s'esquissait à nouveau dans son esprit. Celui-ci, stoïque, le regard perdu dans la tapisserie du mur demeura imperturbable. Mais Cassandra s'adressait déjà à Armand, apparement contente d’elle:

  • “ Alors Armand, qu’as tu penser de cette petite séance ? Je tiens à te préciser que c’était très soft ! ”.

  • “ Je ne sais pas trop ! C’était intense ! Toutes ses informations, ses sensations qui arrivaient en même temps, c’était enivrant, déstabilisant. C’était tout de même assez violent et pourtant si agréable. Je n'étais plus moi-même et cet autre moi était malgré tout prêt à supporter bien plus ”.

Cassandra fit un signe à Firmin qui se pencha vers elle et lui tendit le plateau, elle prit un verre et sur un autre signe, Firmin s’approcha d’Armand pour qu’il se serve à son tour.

Cassandra reprit la conversation :

  • “ C’est un très bon cognac ! ”.

Elle bu une gorgée et Armand l’imita, puis elle continua : 

_ “ On pourrait bien sûr me qualifier de sadique car il est vrai que j'apprécie ce rôle de femme dominatrice. Cela implique d’infliger certaines douleurs qu'elles soient morales ou physiques. Et il est vrai que je trouve une grande satisfaction à bien faire le travail pour lequel ils me paient, mais à contrario, je ne leur fait subir que ce qu’ils me demandent. Ce plaisir que je leur procure c’est leur bonheur, leur bien-être à eux. Pour eux, je suis l’ange de la volupté. 

De plus ici, un seul mot suffit à tout arrêter si leur souffrance devient insupportable. Contrairement aux affres de la vie réelle qu’ils doivent endurer, jours après jours. Les angoisses, les tourments physiques ou intellectuels, qu’ils tentent, indéfiniment et sans résultat, de supprimer afin de faire cesser le calvaire. Là, ils peuvent dire “ rouge ” s’ils en éprouvent le besoin. Mais ils le font rarement car en vérité la vie est bien plus dure avec nous que tous nos jeux cérébraux.” Après un court silence elle reprit :

“ Pour ma part, j’ai appris sur toi quelques petites choses. Étant donné ta réticence à te mettre nu devant une inconnue, j’en conclus que tu n'es pas exibitioniste. Mais comme tu es curieux, tu as dépassé cet obstacle. Tu n’est pas gay non plus. Tu aurais vu ta tête quand Marie est entrée et que tu as cru que ce pouvait être Firmin. Mais là encore ta curiosité allié au plaisir t'a fait oublier toute retenue. Tu es un jouisseur Armand. Passer la frontière des convenances, tous les moyens sont bons pour te faire jouir. Mais n’aie pas peur ce n’est pas une maladie honteuse… ou alors nous en somme tous atteint à divers degrés.”

Son ton changea et c’est Madame Eva qui prit la parole :

  • “ Ne t’y trompe pas, tu as bénéficié d’un régime de faveur. Je traite rarement mes soumis de cette façon sauf pour les récompenser. Alors soyons clair, j’ai besoin de toi pour écrire de bons articles. Si tu me sers bien, je saurais me montrer reconnaissante ! ”. 

Elle finit son verre d’un trait avant d’ajouter : 

  • “ Maintenant laisse moi et va travailler ! Je dois me reposer car j’ai une longue soirée

     qui m’attend “

Eva fit un signe de la main. Firmin pria Armand de se lever et le raccompagna jusqu'à la porte d’entrée. Dans le couloir certains petits salons étaient fermés, sûrement étaient-ils  occupés. Ils croisèrent Marie qui lui adressa un petit sourire coquin et il se retrouva à nouveau sur le perron étourdi par le cognac et par son expérience.

   Dès qu’il rentra chez lui de son “baptême”, il jeta pêle-mêle sur son carnet de notes les nouvelles impressions qu’il venait de recueillir. Ses souvenirs, ses angoisses, et toutes ses émotions, il les nota le temps qu’elles étaient encore fraîches à son esprit. Puis il s'endormit, encore tout chamboulé mais détendu. Une part de lui, la plus profonde, venait de percevoir à nouveau des sensations oubliées. Il s’était enfin reconnecté à son corps. 

 Le lendemain à son réveil, en se remémorant les événements de la veille, il eut une petite érection accompagnée d’un étrange sentiment de manque. D’un coup, il se surprit a être impatient d’en apprendre plus, peut-être même d’en ressentir encore plus.

                                                                                                                  (A suivre)

Diablotin Lubrique

                                                                                                                                     

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