EVA EGEMONIA ( Prologue , chapitres 1 et 2)

                                              


                                                         



                                                     EVA EGEMONIA


                                                                                                 

                                                                                                              Par Diablotin Lubrique

                                                                                                                               


     


Le cerveau humain, (qu'il soit mâle ou femelle, quoique certains puissent en penser) conserve encore de grands mystères. Et bien que l’on essaye de le standardiser, l'être humain reste unique. Au fond des méandres de ses méninges, il garde ses préférences ou ses aversions. Mais si on lève l'inhibition accumulée depuis des siècles par intérêt, sous couvert de pudeur ou autres prétextes politico-religieux, il réapparaît des sensations oubliées, inavouées, dues à des souvenirs agréables, ou bien des situations et des événements traumatisants qui ont perturbés l’ordre établi. La Bête surgit alors dans son état primaire cherchant à re-sentir ces émois et les transformer en une nouvelle sorte de satisfaction qu’elle soit psychologique ou physiologique. La notion de plaisir devient alors subjective et aussi différente que le nombre de sujets. Les émotions hérétiques si longtemps retenues veulent vivre, et se prêter à d’autres expériences socialement incorrectes. 








                                                        

                                                               Chapitre I


                                      


       Au Manoir, dans son palais des plaisirs, Madame Eva vous accueillera pour vous aider à réduire les angoisses dues à vos envies profondes de changement mais aussi à en modérer les troubles et à contrôler les bouleversements qui s’en suivent.

Maîtresse du jeu, elle saura répondre à vos besoins et pourra vous faire accéder à un état de conscience où votre perception, votre attention, vos émotions, ou bien encore la représentation mentale de vous-même se modifieront temporairement. Votre esprit se mettra à fonctionner autrement que dans l'état d'éveil de votre quotidien rationnel

Si vous êtes prêt pour cette expérience, venez rencontrer


                              Maîtresse Eva Egemonia.


                                                       


                                   Rendez- vous sur : “ LeManoir.Egemonia@.com ”


    Il pliait et dépliait ce prospectus chiffonné, trouvé au hasard de ses différents reportages sur les lieux de perditions. Si le texte en était assez mystérieux pour de non initié, les photos étaient plus évocatrices.

 Prostitution, pornographie, LGBTQIA et +, il s’était frotté à presque toutes les déviances connues … pour le moment… Mais il y en avait une qu’il n’avait pas encore vraiment abordée, le BDSM. C’était encore pour beaucoup de gens “LE” sujet tabou par excellence. 

  

  Mais au fond, l’interdit, le défendu, le prohibé n’est-il pas l’essence même de ces perversions ? Et le mystère… ? Leur additif ! . pensa-t-il .

  

   Lui c’était Armand. Il était journaliste free-lance et s'était construit une spécialité dans le croustillant en vendant au plus offrant ses articles allant du genre romantico-sensuel aux comportements les plus licencieux. Les “ Peoples ” étaient ses cibles préférées étant donné que c’étaient ce qui se vendait le mieux auprès de la foultitude indiscrète.

  En cette période plutôt creuse, Armand était en quête d’un sujet scabreux original. Ce flyer venait de le mettre sur une piste qui sentait le bon papier, voire même une place en première page et peut-être, qui sait, un scoop à la clé.

 Il lui fallait absolument une interview  de cette “ Madame Eva ”. Il fit donc quelques recherches et découvrit que “ Le Manoir “ était un cercle quasi secret où l’on s’adonnait au bdsm sous couvert d’un club sélect nommé “ Le  Castel ”. 

Ce nom de guerre ainsi que le nom de son établissement circulait sous le manteau mais bénéficiait d’une grande réputation sur le plan qualitatif. C’était un club privé de gens venant de différentes classes sociales mais triés sur le volet en raison de leurs inclinaisons particulières. Madame Egemonia y tenait salon et y régnait en Maîtresse dans le rôle de dominatrice. 


                                  

                                         Chapitre II (La première rencontre )


   Armand prit un rendez-vous en ligne pour expliquer sa démarche. Madame Eva, Cassandra dans la vie courante, lui répondit favorablement malgré quelques réticences et en précisant tout de même que son métier nécessitait une très grande confidentialité et qu’il ne devait s’attendre à aucune révélation personnelle concernant ses habitués. De plus, il était hors de question qu’un seul nom soit mentionné, pas même celui de son établissement. Elle voulait pouvoir contrôler l'article avant qu’il ne paraisse. A ses seules conditions, elle acceptait de dévoiler quelques-unes de ces pratiques. Ils tchatèrent ainsi quelques instants puis la date d’une rencontre fut décidée. 

Sournoisement, comme tout bon journaliste, il se dit que tant de retenue n’était pas dans ses habitudes mais qu’il serait toujours temps de voir comment contourner l’obstacle de cette censure.

   Le jour prévu Armand se présenta à l’adresse indiquée. L’immeuble bourgeois était banal pour ce quartier tranquille. Armand monta les quelques marches du perron. Une plaque de bronze patinée et quelque peu discrète indiquait qu’il était au bon endroit. 


                      


   

                           

    Le nom du lieu, lorsque l’on savait ce qui s’y passait, évoquait alors de sombres cachots, des culs de basse-fosses grouillants de rats et d’horribles araignées et peuplés de bourreaux encagoulés. 

                              

   Armand sonna à l’entrée. Plusieurs loquets jouèrent et la porte massive s’ouvrie sur une jeune femme en uniforme de soubrette. Sa tenue surannée ressemblait à un déguisement pour soirée coquine, mais l’ensemble était agréable à regarder. Un peu étonné par l’apparition désuette, Armand bredouilla quelques mots pour se présenter mais la jeune femme l’invitait dèjà à entrer. Elle referma la porte derrière lui en disant :

_  “ Suivez-moi, Madame Eva vous attend ! ”. 

 Elle le précéda dans un long couloir faiblement éclairé. De chaque côté des portes s’ouvraient en grand sur des salles de styles différents dont certaines, au mobilier équivoque, l’interpellèrent. Dans l’une d’elles, Armand put tout de même apercevoir un bar abondamment pourvu et des fauteuils, divans et tapis qui lui donnaient un aspect cossu au confort douillet.  

 Tandis qu’elle marchait, Armand admirait les formes charmantes de la domestique. Le costume qu’elle portait, était composé d’une courte robe de couleur sombre, surmontée d’un tablier à froufroux, tenu par des bretelles de dentelle. Ce tablier, d’un blanc immaculé était serré à la taille par un gros flot qui donnait envie de tirer dessus pour en dénouer la cocarde. A chacun de ses pas, il put apercevoir des jarretières qui soutenaient des bas de résille blanche. Ses mains étaient recouvertes de gants tout aussi blancs. Un diadème, lui aussi de dentelle, était posé sur un chignon qui retenait ses cheveux châtains clairs. 

 Le couloir menait à un salon, la camériste frappa à la porte, attendit un bref instant et l’ouvrit en disant : 

  • “ Maîtresse, ce monsieur est arrivé !  

  •  Fais entrer Marie ! Et laisse nous ! ”. 

 La servante fit un petit geste pour inviter Armand à avancer puis s’esquiva sans répondre en   refermant la porte.  

Armand était étonné, il ne pensait pas qu’un tel protocole puisse encore exister, mais cela faisait sans doute partie du décorum et devait servir à impressionner les clients. Il entra dans la pièce et Madame Eva fit quelques pas vers lui, mais ne lui tendit pas la main : 

  • “ Bonjour Monsieur… Armand, si je me souviens bien ? 

  • Oui c’est cela ! Bonjour Madame ” répondit Armand quelque peu intimidé.

Il faut dire qu’il y avait de quoi, cette Cassandra, alias  “ Madame Eva ”, était dotée d’une grande prestance. 

 Nous n’étions qu’en début d'après-midi, pourtant elle portait une élégante robe de soirée verte cintrée à la taille et fendue, du bas jusqu’aux genoux, pour une marche plus confortable. Des escarpins de luxe affinaient encore sa silhouette. Quelques bijoux scintillants ornaient les différents endroits qui n’étaient pas recouverts par le tissu. De l’allure, une certaine noblesse dans le regard, elle semblait dotée d’un charisme naturel. 

   D’un ample geste du bras, elle l’invita à s'asseoir dans un des fauteuils à oreilles qui faisait face à une cheminée de marbre où se consumaient quelques bûches. Elle s’assit à son tour face à Armand. Quand elle tira un peu sur sa robe pour pouvoir les croiser, il ne put que remarquer ses jambes lisses et luisantes, qui laissaient supposer des bas de mailles fines. Sans un mot elle prit le temps d'enfiler une cigarette sur un porte-cigarette, l'alluma, tira une longue bouffée, en souffla lentement la fumée puis reprit enfin la parole. 

  • “ Ainsi donc, vous voulez pondre un article sur les travers de vos contemporains ? Et vous avez besoin de ma complicité ?

  • Heu ! Oui, c’est un peu ça ! Et je vous remercie de me recevoir ! 

  • Comme je vous l’ai déjà dit, cher Monsieur Armand, mon métier demande une grande discrétion. Et je ne peux me permettre le moindre écart aux règles établies avec mes protégés. Certaines choses trop personnelles doivent rester secrètes. Vous même avez surement quelques défauts que vous ne voudriez pas voir dévoilés. D’ailleurs, je sens déjà en vous le voyeur, mais je pense que c’est un état récurrent dans votre métier... ”.

Armand se sentit un peu vexé par cette réflexion mais s’avoua qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Dans son boulot, il était important d’être curieux mais de là à être considéré comme un voyeur, tout de même.

Cassandra reprit :

  • “ A ce propos ne comptez pas sur la moindre photo ou sur le moindre enregistrement de nos conversations. Mais vous pouvez prendre des notes si vous le désirez ! ”.

Armand posa son index contre sa tempe et répondit : 

  • “ Merci ! Ça ira ! ”. 

 Cassandra, dans une attitude de réflexion, tira quelques bouffées sur son fume-cigarette puis reprit : 

  • “ Tout d'abord, sachez que je n’ai besoin d’aucune publicité et que votre jugement sur mes activités ne m'intéresse nullement. Mais je pense que dans une certaine mesure vous pourriez, sinon vouloir déchiffrer toute la complexité de la nature humaine, du moins essayer de comprendre et peut-être démystifier quelques idées préconçues concernant nos méthodes ! ”.

Elle s’interrompit pour aspirer une autre bouffée et l'hexaler lentement, puis elle continua sur un ton explicatif : 

  • ” Comme vous le savez surement le BDSM regroupe plusieurs pratiques hors normes mal perçues pour ne pas dire décriées. Ce sigle regroupe le Bondage, aussi nommé Shibari ou Kinbaku, élevé au rang d’art dans la culture Japonaise et qui consiste à attacher ou être attachés. Firmin, mon majordome, est d’ailleurs très compétent dans ce domaine. Vous aurez l’occasion de le rencontrer ! La Discipline ! C’est savoir faire respecter des règles ou, au contraire, obéir à des ordres concernant ces mêmes règles. La Domination et la Soumission : C’est être le maître ou l’esclave de quelqu’un. Le Sadisme où l’on trouve du plaisir à donner de la douleur et le Masochisme où le plaisir est d’en recevoir. Ces activités pratiquées dans un cadre sexuel sont considérées comme anormales selon les critères de notre société. Mais tolérées si elles sont réalisées dans le respect des codes établis, avec le consentement des participants et avec la conscience et la gestion des risques encourus ”.

Elle se tu et le regarda fixement comme pour être sûr qu’il avait bien compris sa dernière phrase. Puis elle posa son porte-cigarette sur un cendrier, décroisa ses jambes et se leva de son fauteuil de cuir pour se diriger vers la porte. Elle l'ouvrit et emprunta le couloir en disant : 

  • “ Mais d'abord je vais vous faire visiter les lieux ! Suivez-moi ! ”.

 En sortant Cassandra désigna les autres portes du couloir :

  • “ Vous avez pu remarquer les petits salons. Chacun de ces petits salons est dédié à une spécialité. Ils permettent différentes pratiques et sont équipés selon le cas. Chaque membre peut les réserver et en disposer avec son ou ses invités “.

Elle fit une pause pendant quelques pas puis reprit :

  • “ Les membres se retrouvent au grand salon pour parler de leur activité favorite en prenant tranquillement un verre dans une atmosphère lounge, calme et détendue. Ils peuvent alors en évoquer les avantages, les inconvénients, les plaisirs ressentis et les dangers. Une espèce de club house après leur performance en quelque sorte. Bien sûr chacun peut naviguer d’un salon à un autre afin de découvrir d’autres domaines de compétences, d’en discuter et ainsi d’évoluer. 

 Le donjon reste mon espace privilégié, mais il peut arriver que je sois conviée à une séance particulière dans un petit salon en tant que conseillère ”.

Cassandra se sentit obligée d’ajouter :

  • “ Je sais ce que vous pensez en cet instant ! Mais sachez que nous comptons, entre autres, parmi nos membres deux psychanalystes réputés qui adhèrent eux aussi à certaines pratiques. En dehors de leur intérêt privé pour nos méthodes, dont d'ailleurs ils ne se cachent absolument pas, leur démarche est l’étude des paraphilies et des comportements “déviants”. Je m’intéresse de près aux déductions de leurs analyses, dans un cadre général bien entendu, cela m’aide à mieux comprendre mes soumis et à leur fournir ce qui leur manque…

  • Ainsi les gens qui viennent chez moi y trouvent ce qu’ils sont venus chercher. Rares sont ceux qui en repartent mécontents. Je me dois donc de leur donner satisfaction en leur procurant un service de qualité. Au-delà du côté purement sexuel, c’est tout un art de vivre qu’ils viennent expérimenter avant de l’adopter définitivement ”.

  Elle s’interrompit quelques secondes puis reprit son explication : 

  •  “ Nous sommes fermé aujourd’hui ! Ce qui explique les salons vides.” 

Ils montèrent un escalier et elle continua :

  • “ C'est un jour de repos pour moi et mon personnel ! Considérez donc votre visite comme une faveur .  

  • Heu ! Je comprends et je vous renouvelle mes remerciements ! ”.

   Armand ne put s'empêcher de regarder les fesses de Cassandra qui oscillaient à chaque marche, moulées dans leur fuseau vert. Les hauts talons rythmaient le lent tempo de leur ascension. Il était persuadé qu’elle savait l’effet que produisait sur lui le balancement de son cul, mais il ne s’en plaignit pas. 

 L’étage avait la même configuration que le rez-de-chaussée. Il la suivit dans un couloir dont les murs étaient nus, teintés du chocolat le plus pur. Des appliques électriques diffusaient une lumière indirecte sur le plafond d’un ocre mielleux. Chaque luminaire alternait avec une porte, couleur de caramel au lait, fermée sur le mystère et d’où ne sortait aucun son. Quand il arrivèrent à la dernière porte, ses yeux n'avaient pas quitté les courbes charmantes de la longue robe fourreau. 

  • “ Voici “ La chambre rouge ” ! Dans notre milieu nous l’appelons “ Le Donjon ” ! C’est la plus usitée. Les autres salles ont un caractère plus … spécifique. Elles sont réservées à quelques membres expérimentés ! ”. 

Elle n’en dit pas plus, souhaitant apparement garder le secret de ces autres locaux.

 Madame Eva poussa la porte et invita Armand à entrer. Il posa un pied sur le parquet de bois ciré et fut saisi par les couleurs. Les rouges nuancés s’opposaient vigoureusement au noir opaque pour décorer cette pièce où le vermillon avait éclaboussé les murs et teinté les vaporeuses draperies. La pièce était faiblement éclairée mais chaque spot visait un endroit précis du décor. 



Là sur un râtelier s’alignaient des instruments de cuir lustré et de métal brillant qui pendant les séances, devaient renvoyer, comme autant de pudiques miroirs, le reflet fugitif des tortures délicieuses. Mais, discrets, ils ne se souviendraient jamais de ce qu’ils avaient entraperçu. Plus loin, sur une étagère, trônait une collection de godemichets de tailles, de couleurs et de grosseurs différentes.



 Aux quatres coins de la pièce, des meubles bizarres équipaient les angles mais leur ergonomie suggérait tout de suite leur utilité. Au centre, une grande table à compartiments orientables permettait de multiples combinaisons. Chaque partie de cet autel était recouverte de simili-cuir noir, cloutée sur son pourtour de cabochons à tête brillante. 

  L’un des murs supportait un grand miroir encadré qui le faisait ressembler à une fresque où les modèles se seraient mus pour créer des œuvres érotiques aussi figuratives qu’éphémères.



                               


    Le donjon du manoir était propre et net et malgré l'environnement quelque peu inquiétant, il y régnait une ambiance presque chaleureuse, baignée d'odeurs capiteuses.

 Armand s’était dirigé vers la grande table et en caressait machinalement le skaï pendant que son regard parcourait l’ensemble de la pièce. Sa vision s'arrêta sur leurs reflets dans la glace. Madame Eva l’avait suivi. Élégante, presque altière, elle était ici dans son élément,  contrairement à lui qui semblait si terne et insignifiant. Alors, lui parlant par miroir interposé elle lui confia : 

  • “ Cette glace sans teint cache une alcôve pour les regardeurs, à condition bien sûr que l’occupant du donjon ait des tendances exhibitionnistes et qu’il soit d'accord pour se montrer. Pour les autres, ils me font confiance avec cependant ce petit doute qui pimente l’entrevue. Pour ceux, honteux qui ne veulent absolument pas qu’on les voit dans certaine position, et qui préfèrent ne pas avoir d’autre témoin que moi à leur manie, le rideau opaque est baissé et fait disparaître le miroir ”. 

Marie et Firmin me prêtent la main en différentes occasions pour aider à la réalisation de certains tableaux compliqués.  

Elle fit une petite pause avant de reprendre : 

  • “ La plupart de mes subordonnés ne sont déjà plus “vanille”. C'est-à-dire qu'ils ont plus ou moins dépassé le stade des comportements sexuels conventionnels. Mais excepté s'ils connaissent déjà leur nature profonde, ils commencent ici comme observateurs afin de tester leurs prédispositions, leurs aptitudes, et leur permettre de poser leurs propres jalons. Ensuite nous décidons ensemble des jeux et des limites à ne pas dépasser. Nous choisissons un “safe word” qui stoppe instantanément toute action non désirée, un mot facile à prononcer et sans l’ambiguïté du Non… qui quelquefois veut dire Oui !. 

Souvent ce sera “Rouge”, le rouge étant la couleur universelle du danger. Enfin nous prenons rendez-vous pour une séance d'initiation qui présentera les différentes émotions, un peu comme l'assiette découverte d’un restaurant gastronomique. Par la suite, le sujet choisira sa ou ses préférences pouvant bien sûr mêler plusieurs fantasmes dans une même séance. Les séances durent environ une heure mais tout dépend de l’endurance du demandeur. Je me réserve cependant le droit d’abréger cette durée si j’ai, par exemple, un doute sur la résistance de l’asservi ”.

Elle prit plusieurs secondes pour s’approcher et poser sa main sur l’épaule d'Armand avant d’ajouter, toujours en s’adressant au miroir :   

  • “ Et vous, vous êtes résistant Monsieur Armand ? ”.

Dans la glace, Armand ne put definir son sourire. Était-il vraiment carnassier ou simplement interrogateur ? Eva-Cassandra n’attendit pas de réponse et reprit sans délais :  

  • “ Pour adhérer à notre cercle, la sélection est rigoureuse, pour quantité de raisons diverses d’ailleurs. Malgré cela, la liste d’attente est longue. Les cotisations annuelles s'acquittent par chèque ou virement. Mais les paiements en espèce règlent les séances particulières, et toujours à l’avance. Ces frais de service sont essentiels dans nos relations et obligent à se présenter au rendez-vous. En cas de renoncement pendant une séance, il n'y a pas de remboursement. Si un rendez-vous n’est pas honoré sans raisons valable, le goujat sera rayé à jamais de la liste de mes protégés. Autant vous dire que cela n’est arrivé qu’une seule et unique fois et qu’elle a servi d’exemple ! ”.

Ayant terminé sa petite explication, elle dépassa le jeune homme et se tint devant lui pour lui parler en face à face :

  • “ Je vous l’ai dit Armand, je sens en vous une curiosité exacerbée. Pour mieux vous rendre compte et pouvoir satisfaire votre appétit de chroniqueur, mais surtout avant de tomber dans les stéréotypes, d’imaginer n’importe quoi et de critiquer sans en savoir plus sur nos pratiques, il vous faudrait tester vos réelles envies, vos stimulations, vos émois…! Vos fantasmes…! Tous vos fantasmes ! Même les plus enfouis au tréfonds de votre être primitif ! ”. 

Son regard s’était fait plus pénétrant. Elle s'interrompit quelques secondes avant de reprendre : 

  • “ Accepteriez-vous de vous prêter à une petite expérimentation ? ”. 

C’était bien “Madame Eva” qui le fixait, là, droit dans les yeux tout en lui posant cette question dans ce décor inquiétant. Armand, quelque peu intimidé, déstabilisé, bafouilla : 

  • “ Jeuuuh ! Je ne sais pas ! Je pensais qu’une ou deux visites suffiraient… Vous… Vous me prenez au dépourvu… Je …! ”.  

Elle l’interrompit tout net :  

  •  “ Prenez quelques jours pour réfléchir.  Mais sachez que je ne vous permettrai d’écrire un quelconque papier sur un sujet aussi complexe que si vous vous soumettez vous même à une petite démonstration. ” 

Sur ces derniers mots, elle tourna les talons et regagna le couloir en lui faisant signe de la suivre. Armand jeta un dernier coup d'œil circulaire au donjon et soudain un drôle de frisson le parcourut du haut en bas. Il n’avait pas du tout envisagé la chose sous cet angle.



         


Cassandra ne dit plus un mot jusqu’au bas de l’escalier où un majordome en grande tenue attendait.  

L’homme s'effaça en courbant légèrement la tête quand elle passa à sa hauteur. Sans le regarder, elle dit : 

  • “ Firmin ! Raccompagne ce monsieur ! ”.

Puis s’adressant à Armand tandis qu’il regagnait la sortie:

  • “ Réfléchissez à ma proposition. Je vous laisse huit jours. Sans nouvelles après ce délai, je ne voudrais plus jamais entendre parler de vous ! ”. 

Elle entra dans son salon et en ferma la porte sans autres salutations.

Le serviteur en livrée le pria de sortir et il se retrouva sur le perron un peu décontenancé.

Perché quelques instands sur la dernière marche, Armand se surprit à penser que cette femme autoritaire possedait vraiement une forte ascendance sur ces interlocuteurs. Il n’avait pas était capable de la moindre répartie. Il se défendit cependant en se persuadant qu’elle ne lui en avait pas laissé le temps et que la galanterie…Blablabla ! Enfin bref !

                                                                                               ( A suivre )

Diablotin Lubrique

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