La plage

 




                                      



                                                                        



                                                    LA PLAGE  


                                                                                              Par Diablotin Lubrique

                                                                                                                

           


      


            


                                                          Chapitre Premier                    


             

            Quand il ouvrit un œil, son regard vitreux découvrit un fond bleu, brouillé de vert. Son deuxième œil le faisait souffrir et refusait de s’ouvrir comme s'il était collé. Sa première vision cyclopéenne fut les branches des palmiers coco qui ondulaient au-dessus de lui. Il était allongé sur le dos et sa tête reposait sur un gilet de sauvetage. Le flux et le reflux des vagues rythmaient le fond sonore. Il ressentit la sensation désagréable de ses vêtements collés à sa peau par une croûte humide et granuleuse. Un horrible goût de sel emplissait sa bouche et du sable croqua sous ses dents quand il voulut déglutir. 

 Il fit un geste pour nettoyer son œil fermé, mais une voix, douce et féminine et cependant pleine de reproches, l’en empêcha.

  • “ Frottez pas, c’est du sable ! Il vaudrait mieux rincer avant !” “ Je vois que vous êtes réveillé !” “ N’ouvrez pas les yeux, désolée mais c’est de l’eau de mer.” 

 Il sentit un filet de liquide tiède couler sur son œil et sur sa joue. Puis quelqu’un qui lui épongeait doucement le tour des yeux.

  •  “ Vous avez un beau coquard ! “

 Il retrouva doucement la vue s'apprêtant à découvrir, au son suave de la voix qu’il crut reconnaître, la sirène qui s’occupait si bien de lui. Mais point n’était de séduisante femme poisson, ce n’était que l’insipide gouvernante de son ami Raphaël. 

D'ailleurs où était-il celui là ? Et lui, que faisait-il sur cette plage avec la boniche ? Il ne se rappelait pas d’avoir bu tant que cela, pourtant ce mal de crâne. Que lui était-il arrivé ? Un coquard ? Mais comment ça un coquard ? Puis en quelques secondes tout lui revint en mémoire. Son obstination à vouloir rester sur le pont malgré le mauvais temps et les conseils de Raphaël qui se transformèrent en ordres, “ tant qu’il était le maître à bord.” Son entêtement à vouloir déguster son cocktail de Téquila pimentée face à la tempête et la figure de la gouvernante qui lui ramenait son verre sur un plateau, quand le paquet de mer les avait  avalés. Un choc contre le bastingage, puis plus rien. 

  • “ Qu'est ce qui nous est arrivé ? Comment sommes nous arrivés là ? Et les autres où sont-ils? Ne me dites pas …”

  • “ Et si ! Par la faute d’un paquet de mer plus gros que les autres, vous avez  perdu l’équilibre. Vous vous êtes accroché à moi et nous sommes passés tous les deux par dessus bord à cause de votre inconscience à vouloir rester sur le pont. ” Dit Rose en le regardant avec un regard accusateur.

  • “ Heureusement pour vous, je n’ai pas perdu connaissance et Monsieur Raphaël  à eu le temps et la présence d’esprit de jeter une bouée et deux gilets de sauvetage dans notre direction avant de reprendre la barre pour maintenir le bateau. Nous avons atterri sur cette plage par miracle.” 

 Ses paroles se transformèrent en sanglots. 

  •  “ Je ne sais pas où nous sommes et je crains que les autres, s’ils sont encore en vie, ne le sachent jamais non plus.” 

 Elle fondit en larmes, énumérant entre deux hoquets tous les malheurs qui allaient leur tomber dessus. 

  •  “ Sniff, sniff, perdus, sniff, mourir de faim et de soif, sniff. Ooooon ne nous retrouvera jamai-aiaiai-ais ! ”  

 Armand se redressa sur ses coudes. De son regard diminué de moitié, il inspecta le paysage. Effectivement ils étaient sur une plage, du sable, la mer et quelques cocotiers, mais rien ne disait que c'était une île. Peut-être y avait-il un village, voire même une ville à seulement quelques kilomètres. Enfin son examen panoramique s’arrêta sur la silhouette de son infirmière.

 Assise sur le sable, elle pleurait la tête dans ses bras posée sur ses genoux. De temps à autres, elle regardait la haute mer et ses gémissements repartaient de plus belle. 

Voulant se montrer rassurant il dit :

- “ Allons ! Allons ! Reprenez vous! Pour l'instant il n’y a rien de grave ! Nous sommes vivant “

Elle lui répartit aussitôt entre deux pleurnichements.

    -  “  C’est pas grâce à vous ce qu’il y a de sûr ! “. “ Nous avons déjà navigué dans la région avec Monsieur Raphaël. Ce coin est plein de petites îles inhabitées ! Et le temps qu'on nous retrouvent, s'ils ont réussi à s’en sortir et signaler notre disparition, nous allons mourir de soif et de faim car nous n'avons rien ! Rien de rien ! “

 Et elle reprit ses larmoiements. 

  Elle, c'était Rose, il se souvenait de son prénom pour l’avoir plusieurs fois hélée en vue d’obtenir un verre ou bien un service quelconque. Pour la première fois, depuis qu’il était monté à bord, il se mit à la détailler. Son regard n’avait pas vraiment était attiré par la jeune femme potelée qui les servait, mais plutot par la jolie brune au physique de rêve que lui avait présenté Raphaël et qu’il avait surement invité spécialement pour qu’il fasse sa connaissance. 

    Sous son gilet de sauvetage, Rose était vêtue d’une robe bleu marine, serré à la taille par une fine ceinture de cuir blanc et qui couvrait ses jambes repliées sous elle. Un t-shirt à rayures, blanches et bleues, apparaissait dans l’échancrure de sa robe tandis qu'un K-way, brodé au nom du bateau, qui était le même que le prénom de la femme de Rafaël, recouvrait ses épaules. Elle était encore chaussé d'une paire de chaussures bâteau dotées de lacets blancs.

  Ses cheveux blonds frisés d’ordinaire, pendaient dans son cou, raides, poisseux et encore détrempés par l’eau de mer. Il faut bien dire qu’ils ne la mettaient pas à son avantage, pas plus que son accoutrement de matelot peu seyant. Dans leur plongeon, elle avait heureusement perdu ce petit bonnet marin à pompon rouge, parfaitement ridicule, mais qui faisait partie du décorum convenu par le “ Cap’taine Raphaël “ et son épouse Karina. 

  Plus il regardait Rose, plus il se disait qu’elle était d'une banalité à faire peur. Hanches larges, grosses jambes, grosses cuisses, gros cul, gros seins. Raphaël ne l'avait sûrement pas enrôlée pour son physique agréable, ou plutot était-ce sa femme, jalouse, qui avait choisi pour eux deux. Il aurait du insister pour en recruter une un peu plus sexy, dans le même style que la jeune femme brune qui les accompagnait et dont il n’avait pas retenu le prénom mais qu’il imaginait très bien dans un costume de mousse plus affriolant.


                                 


   Ses pensées revinrent vers Rose. 

  • “ Gouvernante…! Gouvernante …! Une femme de chambre quoi ! Mais du genre qu'on a pas spécialement envie de retrouver dans sa chambre ”.

 Il rit intérieurement à sa blague malgré le tragique de la situation qu’il ne réalisait pas encore tout à fait et poursuivit sa réflexion.

  •  “ Pourquoi était-ce le boudin qui avait basculé en même temps que lui par-dessus le bastingage ? Pourquoi pas plutôt la créature canon qu’il avait abordée quelques minutes avant sa chute. Non ! Il avait fallu que ce soit ce thon à qui en plus, s'il était obligé de la bouffer par manque de nourriture, il devrait deux fois la vie ”. 

Il revint doucement à la réalité. Rose, elle, continuait de pleurer sur leur sort. 

   Armand réussit progressivement à ouvrir son deuxième œil malgré la brûlure, due au sel et au sable, que cela lui occasionnait. Il se leva et dit :

  • “ Bon ! Ce n'est pas en restant là à chialer que cela fera avancer les choses.”

 Ce fut quand il fut debout qu’il s'aperçut que seul son pied droit était encore chaussé d’une basquette à semelle blanche, comme le veut la coutume lorsque l’on navigue sur un voilier à plancher de bois afin de ne pas glisser et de ne pas y tracer des lignes sombres très dures à faire disparaître. Il était toujours vêtu d’une chemisette jaune, d’un t-shirt blanc et du bermuda flanqué de plusieurs poches qu’il portait la veille et qui recouvrait un mini maillot de bain.


                                


 Bien décidé à prendre les choses en main, il dit :  

  • “ D'abord il faut trouver de l'eau douce ne serait-ce que pour boire et nettoyer mon visage. Debout ! et aidez-moi à chercher. Un ruisseau, une mare, une flaque, peu importe. Avec un peu plus de chance une rivière et même une route, sait-on jamais ? Sinon dans deux ou trois jours nous sommes morts de soif.” 

Il n’en fallut pas plus pour que Rose reprenne ses plaintes qui n’avaient rien à voir avec le chant des sirènes.

  • “ Mais non je déconne ! Allez ! Vous par là et moi par là !  Ma montre fonctionne encore. Et la vôtre ? ”

  • “ Oui, ça marche “ répondit-elle dans un spasme, les yeux pleins de larmes.

  •   “ Alors, disons que dans une heure nous nous retrouverons ici pour faire le point. Si vous trouvez quelque chose, criez le plus fort possible. Pareil pour moi. ”  

Autour d’eux, aucune trace de pas ne souillait le sable de cette plage, qui en temps normal aurait pû être paradisiaque, montrant ainsi son manque de fréquentation. Pas de mégots de cigarette, pas de canette vide, pas la moindre trace d'une quelconque activité touristique mis à part quelques déchets flottants apportés par la mer.  

   Quand Armand revint au bout d’une heure, Rose était déjà revenue et pleurait toujours, de nouveau assise sur le sable.

  • “ Elle n'a pas dû s'éloigner beaucoup ! ” pensa -t-il. En s’approchant de la jeune femme, il lui lança : 

  • “ Alors ! ”

Elle lui répondit aussitôt, la voix pleine de sanglots: 

  • “ Rien ! Je n’ai rien trouvé qui laisse penser que cette île soit habitée ! Nous sommes bel et bien perdus ! ” Et elle fondit à nouveau en larmes.

  Armand leva les yeux au ciel d’un air accablé et après un long soupir il reprit : 

  • “ Allons ! Allons ! Reprenez vous et cessez de pleurer ! Vous ne trouvez pas qu’il y a déjà assez d’eau salée dans le coin ! ”. 

 Il sourit à sa blague croyant détendre un peu l'atmosphère avant de lui annoncer qu’il n’avait lui non plus rien trouvé, mais Rose n'appréciat pas la plaisanterie. 

Tout en prenant une voix plus posée, Armand s'accroupit à ses côtés en posant une main sur  son épaule. Il était préférable d’essayer de la rassurer car il en avait marre de la voir chialer et de l’entendre renifler à tout bout de champ. Il dit :

  • “ Bien …! Je suis vraiment désolé de ce qui nous arrive par ma faute. Mais pour l’instant la situation n’est pas si critique ! Nous ne sommes pas blessés et ils sont certainement déjà à notre recherche. Raph est un bon marin, il s’est surement sorti de cette périlleuse situation. Je propose que l’on fasse le point sur ce que nous possédons. J’ai repéré quelques noix de coco qui devraient nous nourrir plusieurs jours si besoin, mais je suis persuadé que nous serons secourus bien avant d’en arriver là.”

 Armand avait prononcé ces mots alors que le doute venait juste de s’installer en lui, quand ses yeux s’étaient portés à l’horizon, sur l’immensité vide de l’océan. Cachant son trouble, il se releva pour fouiller ses poches. De la première, il sortit un briquet, et un paquet de Marlboro détrempé. Il n’y avait rien dans la seconde. D’une troisième située à l’arrière de son demi pantalon, il extirpa un portefeuille d’où émergea une ribambelle de cartes de crédit, des papiers d’identités ainsi que quelques billets et de la menue monnaie. De la quatrième poche placée sur sa fesse droite il extirpa une guirlande de préservatifs qu’il remit par reflex aussitôt dans sa poche, un peu gêné. Surtout car il n'avait pas du tout l’intention de s’en servir avec Rose. Il écarta les bras et ouvrit les mains avec un air désolé. Les autres poches du bermuda,  posées sur les cuisses, étaient vides. 

  • “ Bien la peine d’en avoir tant ! ”. Pensa Rose. 

  Puis elle entreprit de faire l’inventaire de ses possessions. En bon matelot, en plus de son costume marin de carnaval, elle portait à sa ceinture, une pochette waterproof qui contenait 

un couteau de serveur, type sommelier, pourvu d’un décapsuleur, d’un tire-bouchon et d’une minuscule lame légèrement crantée, un stylo et un petit carnet pour noter les instructions importantes qu’elle ne devait pas oublier et enfin sa paire de lunette d’hypermétrope qu'elle trouvait inesthétique. Elle ne les mettait pas souvent car l’effet de loupe grossissait ses yeux de manière exagérée. Elle préférait ne les porter qu'occasionnellement, mais cette coquetterie lui causait d’horribles maux de tête. A cet effet, elle possédait aussi un tube étanche de cachets effervescents contre les migraines.

  • “ Maigre butin ! mais on va se débrouiller ! En attendant, nous avons déjà de quoi allumer un feu ! Premièrement pour que l’on voit qu’on est là et ensuite pour éventuellement faire cuire un truc ou se  réchauffer ! ”. Dit Armand en se dirigeant vers quelques branches de bois flotté qui trainaient sur la plage.

 Au bout d’une heure, ils en avaient déjà ramassé un bon tas. Armand avait préconisé de faire plusieurs tas d’urgence à n’utiliser que s'ils voyaient un bateau ou entendaient un moteur au loin. Un tas de bois et de feuilles mortes de cocotier bien sèches pour la nuit et un tas de feuilles vertes et humides pour créer une colonne de fumée qui se verrait de loin.

  Leur première journée de robinson bien occupée et pleine d’espoir s’était déroulée ainsi.  

  • “ Demain nous construirons un abri ! ” avait décidé Armand. 

Rose n’avait rien répondu, espérant que le lendemain on les aurait retrouvés.

  Elle n’aimait pas Armand et surtout pas sa manière dédaigneuse de la regarder comme si elle n’était pas digne de lui. Que pensait-il avoir de plus qu’elle ? Elle à qui il devait la vie, tout de même ! Décidément ce genre d’homme la dégoûtait. Elle aurait dû le laisser crever, il y en avait déjà bien trop… Quoique… Si cette mésaventure devait s’éterniser, il sera peut-être quand même plus utile vivant ? Elle chassa vite cette pensée désagréable.


                                    


 Avant de s’endormir en regardant le feu, elle se remémora à nouveau les événements. Le voilier avait quitté le port la veille bien que la météo ne s'annonce pas très clémente. C'était un beau voilier de bois d'une vingtaine de mètres de long. Construit spécialement pour Raphaël qui en avait dessiné les plans. L'intérieur fonctionnel mais assez luxueux allié le bois précieux vernis, aux dorures des appareils de navigations anciens qui servaient, à présent, surtout de décoration. Les cabines confortables bien que exiguës reflétaient le même style et le goût pour le beau avec leurs paroies et leur mobilier d’acajou et leurs portes aux brillantes charnières de bronze. Pour cette croisière autour des îles du grand archipel, les passagers étaient sept en tout et pour tout. Raphael le propriétaire qui tenait le rôle du capitaine, avec Karina sa femme, Alan et son épouse, un autre couple d’invités, Emma, une jeune femme seule invitée elle aussi, puis  cet Armand, un copain d’enfance de Raph et enfin elle, Rose, qui était à bord pour faire le service et s’occuper de l’intendance. 

   Ils avaient navigué entre les petites îles, s'arrêtant dans des criques idylliques pour se baigner, se faire bronzer et pêcher des oursins qu’ils avaient ensuite dégustés sur le pont du voilier. 

En fin d'après-midi, ils avaient mangé dans un de ces petits carbets, qui sont des restaurants clandestins qui servent, poissons et fruits de mer fraîchement pêchés, pour presque rien mais qui font vivre une famille entière. Raph avait débarqué l’alcool et l’apéro s’était éternisé. Le ciel s'était couvert et Raph avait décidé qu’ils devaient aller se mettre à l’abri dans le port le plus proche avant que n’éclate une véritable tempête. Moteurs à fond, ils avaient mis le cap sur un havre plus tranquille.

   La mer était de plus en plus agitée. Armand était déjà passablement alcoolisé et avait exigé qu'on lui serve un drink sur le pont afin de contempler la mer en colère. Une vague plus forte que les autres avait fait tanguer le bateau si fort que lui et la pauvre Rose étaient tombés à l'eau. Le capitaine accroché à sa barre ne les avait heureusement pas suivi dans leur chute et malgré le roulis, il avait eu la présence d'esprit de jeter un peu au hasard la bouée et les gilets de sauvetage qui étaient à sa portée. Dans la nuit, ils avaient vite disparu et la tempête avait sûrement empêché toute recherche immédiate. Les autres invités, apeurés, s'étaient probablement mis à l'abri dans les étroites mais confortables cabines. 

  Rose se rappelait avoir réussi à agripper Armand qui était étourdi par le choc avec le bastingage. Elle lui avait enfilé tant bien que mal un des gilets, en avait endossé un à son tour et le serrant inconscient contre elle, elle s'était cramponnée le restant de la nuit à la bouée de liège. 

  • “ Quel con ! J’aurais mieux fait de le laisser couler ” se dit-elle, encore bien remontée mais sans plus vraiment le penser.

Au matin, elle avait aperçu cette terre et y avait dirigé sa nage. Heureusement que leur croisière d’îles en îles était prévue ainsi. Ils auraient pu profiter quand ils le désiraient, d’une plage tranquille ou bien, dans une anse, d’un de ces improbables petits commerces où l’on peut acheter toutes sortes de ravitaillement.  “ Il fallait ! J'aurais dû ? On aurait dû …? Y’avait qu’à ! Oui ! Mais voilà ! Ils étaient là, perdus et sans rien à bouffer ”.

  Elle eut du mal à s'endormir, ressassant sans cesse les événements et imaginant le pire pour les jours qui allaient suivre si on ne les retrouvait pas. 


                                                       Chapitre II

 

  De bon matin, Armand était déjà en route, bien décidé à trouver de l’eau et quelque chose à manger. A son retour, il avait les bras chargés de deux énormes noix de coco et deux préservatifs, noués ensemble et remplis d’eau, pendaient en écharpe autour de son cou, rebondissant sur ses pectoraux à chacun de ses pas.

  • Elles étaient sur le sol mais si on les secoue on entend le liquide à l’intérieur. Elles doivent être mûres ! Maintenant il s’agit de les ouvrir ! ” dit-il en désignant les deux fruits qu’il venait de poser à terre. Puis fièrement mais avec mille précautions, il se débarrassa de son cache-col de latex.

  • “ J’ai trouvé cette eau dans une cavité formée par la fourche de trois arbres accolés. J'espère en trouver d’autres. Mais avant de la boire, il faudra la faire bouillir ! ”. 

Le restant de la journée fut bien occupé. Rose surveillait l’horizon en entretenant le feu et Armand s’affaira à ouvrir les noix de coco pour qu’ils puissent en boire le jus. Ensuite il entreprit d’en récupérer la pulpe sans trop abîmer les coques afin d'en faire des récipients. Une fois rassasié, il commença à construire l’ossature d’une cabane qui les protégerait du soleil et leur fournirait un abri s'il pleuvait.  

En le voyant bricoler ainsi Rose se dit qu’après tout elle avait bien fait de le sauver de la noyade.

La nuit vint mais pas les secours.

   Raphaël n’avait pas pris le temps de relever sa position au moment de leur chute, ne pouvant, pour le coup, pas savoir précisément où commencer les recherches. Même si les secours en mer s’étaient organisés rapidement pour les retrouver, le S.O.S avait été lancé tardivement car personne, outre Rose et lui-même, trop occupé à maintenir le voilier à flots, ne savait faire fonctionner correctement la radio de bord. Maintenant il s’en voulait de ne pas avoir sermonné son ami plus tôt pour l’obliger à regagner l’entrepont. Et cette pauvre Rose qu’il avait entraînée avec lui. Ils étaient probablement noyés, ou dévorés par quelques monstres marins, perdus corps et âmes. 

  D’un autre côté, il restait un espoir car les îles étaient nombreuses dans cette partie de l’océan et portés par les courants, ils avaient peut-être eu la possibilité d’en aborder une. Mais laquelle ? Il faudrait plusieurs jours aux sauveteurs pour toutes les visiter. 


                                                     Chapitre III


                                           


 Le lendemain, parcourant la grève au retour d’une baignade où il espérait pêcher quelques poissons, Armand retrouva la seconde bouée du Karina, elle aussi échouée sur le sable. Si les courants restaient les mêmes, ils pourraient peut-être indiquer la direction de leur dérive. Tous ces îlots étaient connus mais rarement fréquentés, n’offrant pas toujours le luxe que pouvaient espérer les plaisanciers huppés qui fréquentaient ces rivages. Mais elles étaient si nombreuses, et malgré tout toutes plus accueillantes les unes que les autres, que la chance que celle-ci soit choisie était bien faible. Au mieux, un pêcheur indigène ou des vacanciers, recherchant une plage tranquille pour y passer un après-midi à lézarder, pourraient y découvrir les naufragés. 

  Armand était mitigé entre le réel de leur situation et le fantasme de l’île déserte paradisiaque, peuplée de vahinés très peu vêtues et cachant peut-être même un trésor oublié par un cruel pirate. Qui sait ? 

   La réalité le ramena à leur position critique quand il vit sa compagne d’infortune attiser le feu sous une brochette de coquillages gluants qu’elle venait sans doute de ramasser. L'île était bien là mais résolument pas les vahinés, ni aucune trace d'un quelconque trésor !

  Quand il s'approcha, il découvrit que la jeune femme avait disposé la bouée, qui les avait maintenues à flots, près d’un carré formé sur le sable par quatre morceaux de bois plus ou moins droit.

Rose lui prit la seconde bouée des mains en disant 

  • “ Super, c’est ce qu’il manquait pour en faire un deuxième ! Nous pourrons ainsi en mettre un autre plus loin ! ”. Puis elle ajouta avec assurance:

  • “ Un feu c’est bien pour attirer d’éventuels sauveteurs ! Mais le risque est aussi de chasser des plaisanciers craignant de déranger ou quelques misanthropes, en mal de tranquillité, qui passeraient leur chemin. Il vaut mieux indiquer notre mauvaise situation!”. 

Armand la regarda, plissant les yeux d’un air interrogateur. Elle lui sourit en expliquant.

  •  “ Oui ! Un carré surmonté ou surmontant un cercle est un des signaux de détresse internationaux. Ainsi posés sur la plage, ils seront visibles d’un avion. A ce propos, si vous vouliez bien me donner votre chemisette, je pourrais en faire un drapeau marqué des mêmes symboles et qui serait vu du large, si nous pouvions le hisser assez haut.”

La voyant enfin souriante et pleine d’entrain, il n’osa pas refuser et ôta sa chemise. Rose remarqua aussitôt sa musculature malgré le t-shirt qui couvrait encore son torse et aussi son petit cul, bien ferme, serré dans son mini maillot de bain. Elle chassa vite cette vision de son esprit et ramassa un charbon de bois pour tracer un carré et un cercle noir sur le tissus jaune de la chemisette. Puis se tournant vers Armand elle dit:

  • “ Voilà ! Il ne reste plus qu'à l'accrocher le plus haut possible afin qu’il soit visible depuis mer ”.   

Armand avisa les cocotiers… et, affichant une petite grimace, pensa que ce n’était pas gagné… Et qu’en fait une perche plantée dans le sable suffirait en attendant ... Il se mit donc en quête d’un morceau de bois assez long. 

Quand il revint un peu plus tard, il traînait une gaule qui ressemblait à un bambou d’environ deux mètres de long. 

  • “ C’est tout ce que j’ai trouvé. Puis brandissant la perche au bout de son bras, il ajouta : 

  • “ C’est pas très long mais si j’arrive à l’accrocher en haut d’un de ces petits cocotiers, on devrait voir votre drapeau d’assez loin ! ” dit-il en montrant un bouquet d’arbres isolés et pas très grands qui avaient poussé, contre vent et marées, en bordure de la plage. 

Rose entreprit aussitôt de nouer la chemisette sur le mât improvisé. Elle découpa les courtes manches en bandelettes et fit de solides nœuds marins.

  • “ C’est fait ! Le reste c’est votre boulot. Je ne suis pas assez souple pour escalader ces troncs ! ” Dit-elle en tendant les lacets de ses chaussures afin qu’ils servent à fixer la perche à la cime d’un des arbres.

 Grimper au cocotier relève pratiquement d’un art, ou du moins d’une grande habitude. Au bout de quelques essais, il dû se rendre à l’évidence, il n’y arriverait pas seul. 

  • “ Vous pourriez peut-être me faire la courte échelle afin que je puisse atteindre les premières aspéritées et m’élever jusqu’au feuilles les plus basses. ” Demanda Armand  d’un air interrogateur. 


                        


  • “Je peux essayer “ répondit Rose en s’adossant au tronc et en croisant ses doigts pour former une sorte de marche.

Armand y glissa son pied et se souleva d’un petit bond. Au travers du tissu de sa robe, le gros orteil du jeune homme frotta, comme une caresse, sur son mont de vénus, ce qui la fit frissonner un bref instant.

En plus de la position incongrue qu’ils venaient d’adopter, le poids d’Armand surprit la jeune femme, mais elle tint bon et fit de son mieux pour le hisser le plus haut possible. Au passage, elle sentit son sexe froler sa joue avant qu’il ne pose son autre pied sur son épaule. A ce moment précis elle eut à nouveau une pensée pour le moins osée.

    Quand il eut atteint les premières branches, Armand débarrassa le haut de l’arbre de ses feuilles, elles serviraient à recouvrir leur case, sauf quelques-unes qu’il rassembla pour former une espèce de toupet auquel il fixa leur S.O.S. Il redescendit bien vite pour admirer son œuvre, s'écorchant au passage l'entrejambe sur l’écorce rugueuse du tronc.  

  • “ Très bonne idée Armand ! Ainsi le moindre souffle de vent fera bouger notre bannière comme si elle était agitée par un bras infatigable ! Bravo ! ”. 

Dans son enthousiasme, elle l’avait appelé par son prénom. Elle s’en aperçut, confuse, mais il ne s’en offusqua pas. Après tout lui-même l’appelait bien Rose et ils étaient pour ainsi dire dans la même galère. Dans leur situation, le protocole ne s’appliquait plus.

  • “ Mais vous êtes blessé, il faut soigner ça ! Il ne faudrait pas que cela s’infecte ! ”

Rose avait décidément des talents d’infirmière ! Après avoir fait bouillir de l’eau de mer dans une des coquilles de coco, elle appliqua le liquide refroidi sur les plaies qui zébraient l’intérieur des cuisses d’Armand. Il fit une petite grimace quand le sel pénétra ses écorchures mais la douleur fut vite oubliée quand Rose en massa doucement les contours avec la pulpe onctueuse du fruit de cocotier qu’elle avait gratté. A genoux devant lui, Rose insista sur toute la région de l’entre jambe blessé jusqu'à la frontière où le minuscule maillot de bain emprisonnait les testicules, frôlant nonchalamment les boules qui s’y trouvait. Quand elle cessa son frictionnement, Armand gêné la remercia poliment et tourna les talons pour cacher son début d’érection. 


                                                 


  En s’éloignant, il se mit à penser:  “ Voilà que je bande pour la gouvernante maintenant ! N’importe quoi …!”. “Bon d’accord, même si elle ne correspond pas aux critères de sélections que j’ais l’habitude d'appliquer à mes conquêtes, c’est une femme et en tant que t’elle, elle en est pourvue de tous les attributs. Mais tout de même… La bonniche grassouillette …! Si ça se savait ma réputation de séducteur en prendrait un coup. Pourvu qu’on nous retrouve vite pour ne pas en arriver à cette extrémité.” Il poursuivit sa réflexion un peu plus loin en se disant qu’après-tout, si leur situation devait s’éterniser pourquoi pas “ un petit coup vite fait, juste pour l’hygiène”. Ce serait excusable et pour sa part il n’irait pas s'en vanter. De plus, si Rose venait à en parler pourrait-on vraiment la croire. Armand préféra ne plus penser aux avantages féminins de Rose et se remit à bricoler le toit de leur abri.

 Même si Rose était réservée par nature, elle n’était pas pour autant une ingénue ignorante de la physiologie des hommes. Elle s’était rendu compte du gonflement qui s’amorçait sous le tissu et, pour ne pas mettre Armand dans l'embarras, elle avait cessé son massage. Mais dans le fond elle était assez fière de l’effet qu’elle avait produit sur le jeune homme et devait bien s’avouer que leur éphémère proximité lui avait procuré quelques picotements dans le bas du ventre. Dommage qu’elle le trouva si con et imbu de sa personne. Sinon, dans ces moments angoissants, elle se serait volontiers blottie dans ses bras et laissée aller à quelques baisers et caresses pour calmer son anxiété.  




                        





                                                      Chapitre IV      


                               


    La faim aidant, ils étaient devenus des spécialistes de l'ouverture des noix de coco et de la pêche à pied. Différents crustacés et quelques bananes faisaient maintenant partie de leur menu.

 Quand elle ne pleurait pas sur leur sort, Rose était plutôt énergique et efficace, mais ses moments d’euphorie étaient malheureusement suivis de bruyants abattements. Armand levait alors les yeux aux ciel et pensait :  “ Ca y’est le veau se remet à chialer”. 

  Lui était assez doué de ses mains. Il avait confectionné quelques outils dont une pierre rendue tranchante par éclatement et différents pieux épointés dont certains devraient lui servir à pêcher. C’était certes sommaire mais pourtant bien utile pour débarrasser les noix de coco de leur bourre végétale. 

   Leur principale activité journalière était la recherche de nourriture et d’eau. Le reste du temps, ils fixaient l'horizon afin d’y découvrir une voile ou le moindre signe qui annoncerait leur sauvetage. 

 Rose expliqua à Armand qu’elle se souvenait d’avoir lu dans ses bouquins qu'un certain Alexander Selkirk avait inspiré l’écriture de “ Robinson Crusoé ” en ayant survécu quatre ans sur une île inhabitée. Elle ajouta aussitôt qu’elle n’aspirait pas à battre ce record, ce que Armand approuva instantanément. 


                                                 


 Au 4 ème jour de leur naufrage, malgré leur espoir d’être retrouvé, leur instinct de survie leur dictait de s’organiser et de s’attendre à devoir rester sur cette île au moins quelques temps dans le meilleur des cas. C’est pourquoi Armand avait imaginé un système de distillation de l’eau de mer fait de pierres plates et de coquilles de noix. Ce montage branlant ressemblait à une véritable usine à gaz mais ça fonctionnait et, goutte après goutte, l’eau s’accumulait dans le dernier récipient. 

   Malgré tout, la seule pensée de devoir séjourner plus longtemps sur ce bout de terre engendrait chez les deux naufragés des moments d'optimisme alternant avec des épisodes de grande mélancolie quand ils scrutaient la platitude désertique de leur panorama. Dans ces périodes d'abattement, Rose replongeait dans le désespoir et reprenait le cours de ses jérémiades.

   Alors qu’elle pleurnichait encore face à l’océan en traçant inconsciemment d’étranges signes cabalistiques dans le sable humide, Armand vint s’asseoir à ses côtés. Ensemble ils regardèrent les flots atrocement vides. Quand Rose tourna vers Armand ses yeux larmoyants, il remarqua enfin comme ils étaient joliment gris-vert. Il lui sourit en affichant une mine compatissante, et lui prit la main pour la réconforter mais elle fondit aussitôt en larmes en laissant tomber sa tête au creux de son épaule. Des larmes tièdes coulèrent dans le cou d’Armand. Par habitude il leva les yeux au ciel mais dans le fond il aurait aimé pleurer lui aussi. Il passa son bras autour des épaules de Rose et la serra fort, d'abord pour la consoler et d’autre part se rassurer lui-même. C’était sa faute à lui si elle se retrouvait dans ce pétrin, il se devait de la soutenir. D’autant plus que grâce à sa présence involontaire, il n’était pas seul. Il savait combien il était important de pouvoir parler à quelqu’un, même si dans la majorité des cas leurs discussions étaient pour se disputer et s’envoyer des piques ou des reproches. Il la serra un peu plus fort encore et déposa un baiser sur ses cheveux raides et salés avant de se lever et de dire : 

  • “ Courage ! On va s’en sortir ! ”

Rose ne répondit pas mais leva vers lui ses jolis yeux gris-vert plein de larmes en esquissant un triste sourire et trouva qu’après tout il n’était peut-être pas si con. Elle devait même admettre qu’il était beau garçon, athlétique, sûrement habitué aux conquêtes féminines et de plus assez habile de ses mains.

 En s’éloignant, Armand, quant à lui, considéra que, quand elle ne pleurait pas, Rose était de bonne compagnie, agréable à discuter, d’une aide non négligeable dans leur travaux et sachant accommoder sa cuisine avec les moyens du bord. De plus, elle était surprenamment intelligente pour une fille. En somme une véritable et compétente gouvernante. Raph l’avait finalement bien choisie !


                                                      Chapitre V


   Au matin du 5ème jour, quand Armand ouvrit les yeux, il vit une sorte de bonbon rose sortir des flots. C’était loin de l’image qu’il se faisait d’une ondine mais il reconnut tout de même que Rose portait bien son petit maillot de bain deux pièces aux couleurs de son prénom. Il se prêtait parfaitement à ses formes qu’il trouva harmonieuses. C'était bien la première fois qu’elle l’exhibait. Jusque là elle l’avait discrètement caché sous son uniforme de gouvernante bleu marine. Il remarqua que le soleil avait déjà commencé à rougir sa peau claire de blonde.

 Couché sur le sable, Armand semblait toujours dormir. En fait, il observait Rose du coin de l'œil et il remarqua qu’elle était tout à fait bien proportionnée. Comme elle s’approchait de leur campement de fortune en secouant sa chevelure ruisselante, il la détailla furtivement. Bien qu'elle la cacha pudiquement dans le haut de son maillot, sa poitrine, généreuse sans être débordante, arborait deux tétons gonflés qui appelaient à tous les suçotements. La minceur relative de sa taille valorisait la largeur de ses hanches et plus bas, plaqué au tissus, son entre-jambes laissait apparaître la bombé de sa vulve fendue dont on pouvait deviner les grandes lèvres. Armand senti d’un coup le sang affluer dans son sexe. Allongé sur le ventre, il ferma les yeux  et s’efforça de ne plus penser à sa vision le temps que sa queue reprenne de sa mollesse. Il essaya de se convaincre qu’elle n’était pas du tout son type. Néanmoins il était content de constater que son Vendredi s’appelait Rose et possédait, heureusement, une petite chatte à la place d’un gros paf.


                              

      

   

                                                                Chapitre VI

          

   A plusieurs centaines de mètres de leur campement se trouvait un amoncellement de rochers volcaniques au pied d’une falaise très à pic mais pas très haute. Ces empilements de rocailles rugueuses était couvert d’algues glissantes, la moindre chute écorchait douloureusement les membres atteints mais ils abritaient des crabes, des crevettes et divers coquillages. Plusieurs fois par jour, ils retenaient l’eau des faibles marées et de temps à autre emprisonnaient quelques poissons de roche qui amélioraient leur ordinaire. Entre deux marées, le soleil chauffait l’eau de véritables baignoires naturelles taillées dans la roche où il était agréable de se prélasser. Ces jacuzzis naturels, quand ils les partageaient au même moment, aidaient à la décontraction et permettaient des discussions apaisantes leur faisant oublier leurs angoisses pour quelque temps. Ces accalmies favorisaient aussi les confidences. C’est ainsi qu’Armand avoua qu’il n’avait pas le pied marin, c'était la première fois qu'il montait sur un voilier. S’il avait bu plus que de raison, c'était pour cacher son angoisse et sa phobie des grandes étendues d’eau. Il avait accepté l’invitation de Raphaël, car c'était un ami très cher et qu’il avait beaucoup insisté, lui promettant même une jolie surprise s'il acceptait de monter à bord pour une petite virée. Rose se dit que la jolie surprise devait être Emma, l’invitée de dernière minute.

Il était associé dans une entreprise de pointe très performante qui connaissait une réussite internationale. Aussi il avait pris goût à tout le faste qui accompagne ce succès, voiture de sport, restaurants chics, hôtels de luxe.  Mais que, comme il était issu d’un milieu ouvrier, il avait gardé une passion pour le travail manuel bien fait et qu’il possédait un atelier où il pouvait bricoler pour se détendre et se changer les idées. Au cours de la conversation, il révéla qu’il n’avait pas encore rencontré l’Amour avec un grand A, bien qu’il batifole à droite à gauche en enchaînant les aventures.

   Rose confia qu’elle se voyait comme une étudiante sérieuse, faisant des petits boulots qui allaient de serveuse à babysitter pour payer ses études. Mais elle dévoila que ses rares amis la considéraient plutôt comme un rat de bibliothèque trop concentrée sur ses examens, passant sa jeunesse à rater la vraie vie. Elle avait déjà eu deux ou trois amoureux mais ça n’avait pas marché. D’ailleur elle sortait à peine d’un chagrin d’amour, lorsqu'elle avait rencontré Karina qui lui avait proposé cette croisière en tant que gouvernante. Rose avait accepté pensant que découvrir autre chose, que ses bouquins et ses salles d'étude, lui permettrait de s’épanouir et peut-être d’oublier sa déception amoureuse.

 Armand pensa que cette peine de cœur expliquait sûrement ses pleurs intempestifs et son état quelque peu dépressif. Leur naufrage, par sa faute, n’arrangeant évidemment pas les choses. Il prit la décision d'être moins bourru avec elle, ne serait-ce que pour ne plus l’entendre se lamenter.


                                                     Chapitre VII

   

   A tour de rôle, ils partaient en exploration vers le cœur de leur nouveau territoire de manière à ce que au moins un d’entre eux continue de surveiller l’horizon. A chaque expédition, ils ramenaient quelque chose qui leur serait utile, soit pour se nourrir, soit pour un peu plus de confort, serrant dans leur bras leur découverte comme un trésor, et se racontant ce qu'ils avaient vu pendant leur excursion ou leur tour de garde. Un après-midi Rose qui avait monté la garde sur la plage raconta à Armand qu’elle avait aperçu quelques ailerons fendant les flots. Mais ils étaient loin et ne devraient pas présenter de danger pendant leur pêche. Armand fit une horrible grimace. Apparement sa phobie ne se limitait pas aux grandes étendues d’eau.

  La végétation était luxuriante sur cette île, ils y avaient même trouvé quelques bananiers et une grande quantité de jolies lianes de passiflore couvertes de fleurs et de fruits de la passion. Beaucoup d'autres fruits tout aussi appétissants, mais dans le doute ils préfèrèrent se contenter de ceux qu’ils connaissaient.


                                          


Cependant il ne semblait pas y avoir de source d'eau. Celle qui alimentait cette végétation provenait sans doute du ciel plus ou moins régulièrement sous ce climat tropical. La faune, en plus de différentes sortes d’oiseaux et de nombreux insectes, semblait se limiter à quelques gros lézards et un grand nombre de rats. Les premiers se nourrissant probablement des seconds en plus des fruits tombés à terre. 

     

                                                      Chapitre VIII


   Depuis déjà quelque temps Rose avait délaissé sa robe de carnaval. Elle ne la portait plus que lors de ses randonnées en forêt pour se prémunir des branches et des insectes. Le plus souvent elle déambulait dans son bikini couleur lila. Elle disait que c'était “ plus pratique aux alentours du camp et très agréable sur la plage à condition de se méfier tout de même du soleil. ”  En effet, elle y faisait attention et sa peau rougie avait fini par prendre une couleur dorée. Sa pudeur des premiers jours s'était évanouie soit disant par commodité. Le fait de dormir ensemble dans un espace si réduit et de se balader toute la journée si peu habillé avait créé immanquablement une certaine intimité. Ainsi Armand avait sous les yeux les formes généreuses de la jeune femme en permanence et Rose, de son côté, n’avait pas été sans remarquer les attributs masculin d’Armand. 


                                     


            Quand Rose sortit de la végétation où était partie s’isoler quelques instants, elle avait mis une fleur dans ses cheveux. Puis s’adressant à Armand, elle lui dit : 

  • “ Je vais me baigner , tu viens ? ”.

  • “ Vas-y j’arrive !”

Armand avait depuis longtemps remarqué les manières très féminines de Rose. Il découvrait maintenant son sex-appeal et appréciait d’autant plus l’ensemble à sa juste valeur. 

  Il la suivit des yeux pendant qu’elle se dirigeait vers l’eau et se dit qu’elle avait quand même un sacré cul… mais tout compte fait, à bien y réfléchir c’était un sacré beau cul ! Certes un peu volumineux selon les critères définis sur le continent. Mais ICI ! C'était le plus beau cul du monde ! Bien formé, fendu et rebondi à souhait, et dont chacun des pas de Rose laissaient deviner le moelleux. Il offrait donc ainsi toutes les conditions d’un bon accueil. Tout comme ses seins, d’ailleurs de bonne taille, qui ballottaient mollement quand elle se déplaçait mais qui se redressaient fièrement sitôt qu’elle s’arrêtait. Quand l’objet de sa rêverie disparut dans la mer, Armand était en pleine érection. Il courut dans les vagues pour cacher que son penis voulait prendre l’air. Son mini slip de bain n’était pas prévu pour une telle dilatation. Rose, ne soupçonnant pas l’effet qu’elle produisait sur le jeune homme à cet instant, se trémoussait en chahutant dans l’eau. Ses seins ballottaient au même rythme que les vagues qui venaient lui caresser le haut des cuisses. N’en pouvant plus, Armand glissa sa main dans son maillot de bain et se saisit de sa pine. Elle était dure et raide. De l’eau par-dessus les épaules, Armand entama un mouvement de haut en bas autour de sa colonne. Rose s’agitait toujours à quelques mètres de lui, éclaboussant les alentours d’écume en courant dans les vaguelettes et exhibant tout ses charmes malgré elle. Dans son imagination, Armand finit de déshabiller la jeune femme, il distingua clairement les deux tétons gonflés qui réclamaient qu’on les mordillent. Il se voyait bien lui dévorant la figue tandis qu’elle lui suçait le poireau et fantasma sur son vagin lubrifié réclamant la pénétration. Son geste pris de l’ampleur et de la rapidité. Sa main caressante enveloppait son gland et glissait par accoups réguliers le long de sa bite. Elle venait cogner sur ses couilles qui, bien pleines, roulaient dans leurs bourses.

  Après ces quelques jours d'abstinence et de retenue, devant tous les appas de Rose, il n'en fallut guère plus à Armand pour jouir dans l’eau salée de l’océan. Traversé de la tête aux pieds par un flux d’énergie pure, il perdit un instant la notion de temps. Un vertige amplifié par une vague faillit le faire basculer. Il rétablit son équilibre et glissa sur le dos pour exécuter une planche parfaite. Son sexe, détendu, avait reprit sa place sous la ceinture du maillot de bain. Rose, apparement  ignorante de ses agissements, batifolait toujours gaiement dans les rouleaux.  




  



    








 

                                                      Chapitre IX


      


                   Un après-midi, au retour d’une balade de reconnaissance, Armand arborait un sourire vainqueur.  A son cou pendaient deux préservatifs remplis d’eau, certes plus ou moins trouble, mais à son regard joyeux, Rose comprit aussitôt qu’elle n’était pas salée. 

  • “ J’ai trouvé une sorte de mare en bas de la falaise. Elle a sûrement été formée à cet endroit par l’eau qui dévale la pente quand il pleut. Elle n’est pas très claire, mais au moins c’est de l’eau douce et il y en a en grande quantité. Nous allons la filtrer, la bouillir et ainsi nous n’en manqueront plus jamais.” cria Armand en s'élançant vers Rose.

  Même si le “plus jamais” impliquait un espace temps indéfini qui risquait de durer, Rose ouvrit grand les bras pour accueillir le héros. Il s’y jeta en faisant cependant attention de ne pas crever les deux baudruches qui les séparaient. En écrasant ses seins sur les ballons gonflés de précieux liquide Rose rebondit moelleusement mais ses bras entourèrent la taille d’Armand pour se stabiliser et elle posa sa joue sur un des ballonnets en forme de saucisse.

Elle resta ainsi plusieurs secondes puis leva son visage vers celui d’Armand qui la tenait maintenant par les épaules. Il prit sa tête entre ses mains, ses doigts glissèrent dans sa chevelure jusqu’à sa nuque et il embrassa la bouche qu’elle lui tendait. Elle entrouvrit les lèvres, leurs langues se touchèrent puis s’unirent dans un long baiser. Ce fut ce moment précis que choisit une des bombes à eau pour exploser en les arrosant copieusement. La surprise les sépara et l’autre bombe emportée par son poids s’écrasa au sol en leur éclaboussant les jambes ce qui finit de les écarter l’un de l’autre. Quelque peu déconcertés dans un premier temps, ils éclatèrent cependant de rire en se voyant mutuellement trempés de la tête aux pieds. Puis Armand pris un air embarrassé pour dire:  

  • “ Heu ! Je suis confus! Je ne sais pas ce qui m’a pris ! Excuse-moi !  Je … ”. 

Rose l’interrompit un peu gênée elle aussi : 

  • “ Non! Non ! Ne t’excuse pas ! C’est ma faute ! Le stress sans doute ! Désolée ! ”  Puis elle disparue dans les buissons. Armand resta quelques minutes bras ballants, tout penaud, se demandant s’il devait la suivre pour s’excuser encore ou pour la prendre dans ses bras et lui avouer qu’il avait envie d’elle. Il essaya de chasser cette idée de son esprit. 

  • “ Non, non, non ! C’est impossible ! Où nous mènerait cette aventure quand on nous aura retrouvé ?... Si on nous retrouve… ?”. “ Oui, mais d’un autre côté si on ne nous retrouve jamais …? Je n'ai pas fait vœu de chasteté moi ! Et s'il ne me restait plus que ce petit plaisir sur cette terre de misère, j'aimerais bien en profiter et qu’il soit partagé ! ”. 

 Certes le choix du partenaire était restreint mais au moins c’était une femme … Armand était prêt à faire contre mauvaise fortune bon coeur. Et comme le disait si bien son copain Michel : 

  • “ Bite qui bande n’a pas de conscience ! ”. 

 Un sourire se dessina sur son visage en repensant à cet ami, sympathique, mais un peu rustre et terriblement pragmatique. Une moue mélancolique prit sa place quand il se dit qu’il ne le reverrait peut-être plus jamais. Pas plus que tous les gens qu’il connaissait d’ailleurs, ses parents, sa famille. Alors le pessimisme l’envahit et il fut d’une humeur maussade tout le restant de la journée. 


                                                        Chapitre X

                   

          


       Ce huitième jour avait commencé dans une grisaille chaude et humide. Puis de lourds nuages s’accumulèrent, et il se mit à pleuvoir. En quelques minutes l’averse se transforma en déluge les forçant à se mettre à l'abri. Si leur cabane les préservait bien du soleil, il n’en était pas de même contre de telles précipitations. Ils décidèrent donc que c’était le bon moment pour une douche qui les débarrasserait du sel accumulé sur leur peau. Armand ôta ses vêtements le premier et c’est le sexe à l’air libre qu’il se mis à gambader sous la pluie en se frottant partout. Rose d’abord réticente, l’imita enfin mais en gardant cependant le bas de son bikini. Sa poitrine, protégée des uv, était d’une jolie couleur rosâtre contrastant avec les tons de miel qu’avait pris le reste de son corps. Dès qu’elle bougeait ses seins sautillaient ou se balançaient enfin libérés de leur gangue de tissus.

Armand l’encouragea en riant : 

  • “ Allons ! Retire tout ça ! Qui veux-tu qui te vois ?

  • “ Mais toi voyeur ! Tu es là à me reluquer comme un pervers… ! Que tu es d’ailleurs ! ”. Ajouta-t-elle d’un petit air mutin.

  •  “ Allez ! Ne sois pas si prude ! Profite de toute cette bonne eau douce. On ne sait pas quand il y en aura à nouveau …”

  • “ Tu as raison coquin ! Mais tourne toi ! ” 

Armand se tourna de côté juste le temps que Rose se débarrasse du reste de son bikini. Puis la regardant à nouveau, il lança pour couvrir le roulement de tonnerre qui venait de pétarader :

  • “Alors tu n'es pas mieux comme ça ?”. 

 Elle approuva d’un simple petit sourire, puis lui tourna le dos sachant très bien qu’il n’allait plus la quitter des yeux. Enfin, semblant ne plus s’occuper de lui, elle se mit à se frotter énergiquement le haut du corps avec cette eau pure qui venait du ciel fort à propos. L’orage  claquait au-dessus d’eux mais Armand ne perdait pas une miette de ce ravissant spectacle, révisant tout à coup ses fausses idées concernant les critères de la beauté féminine.

 Il la regardait. Non, en fait il la contemplait, comme on apprécie les “ femmes au bain ” de Degas dans une des salles du musée d’Orsay. Il savoura la vue de ses fesses bien rondes quand elle se baissa pour frotter ses cuisses en descendant vers ses genoux. En remontant vers son ventre, elle s’attarda quelques secondes en haut de ses jambes, agitant mécaniquement les doigts dans son duvet pubien presque transparent. Puis elle revint à ses cheveux, tête renversée, yeux fermés mais bouche entrouverte pour gober au passage quelques unes des gouttes cristallines. Armand s’était approché doucement derrière elle. Rose tressaillit à peine, tant elle espérait sa venue, quand il l’a saisit par la taille. Il l’entoura de ses bras. Ses paumes excitèrent les mamelons de Rose en les faisant rouler sur eux même et quand ils furent devenus durs, il saisit les seins à pleines mains tandis que sa queue dressée vint se coller dans le bas de ses reins. A son contact Rose eut un petit tressaillement et son ventre se contracta délicieusement. Les mains d’Armand délaissèrent le galbe parfait de sa poitrine pour s’accrocher à sa taille quand elle se pencha en avant. La queue d’Armand glissa dans le sillon qui séparait son postérieur en deux. Rose ainsi, cambrée, appuya ses mains sur le tronc du cocotier le plus proche et écarta les jambes, prête à l’assaut. L’eau ruisselait sur leurs corps et les gouttelettes rebondissaient sur son dos tandis que grondait le tonnerre. Armand n’eut aucun mal à entrer en elle et Rose l’accompagna dans son mouvement de vas et viens. L’arbre souple leur rendait chacun de leur coup de reins accentuant ainsi la puissance de leur impulsion.

A chacun des mouvements du bassin d’Armand, sa pine dilatée s'enfonçait jusqu'à la garde de ses valseuses qui venaient cogner contre la vulve de Rose. La bite coulissait entre les grandes lèvres et dans le chaud fourreau de son vagin tandis que Rose, de sa main détachée de l'arbre, excitait son clitoris en le pinçant.

 Quand ils jouirent ensemble dans un râle de satisfaction, elle lui attrapa les testicules pour qu’il reste plus longtemps en elle. Le tonnerre les acclama dans un roulement de tambour. La nature les sépara, mais ils restèrent encore serrés l’un contre l’autre de longues minutes sous la pluie, un sourire béa sur les lèvres, comme deux chatons après la tétée, repus mais trempés. L’orage, lui aussi rassasié, s’atténua mais la pluie tropicale continua de tomber toute la journée.


              


       Le lendemain, Armand tint absolument à lui faire voir une cascade qui s’était formée au-dessus de la mare. Elle se tarirait bientôt s’il ne pleuvait plus. Mais pour l’instant elle chantait joyeusement, alimentée par le ruissellement qui descendait de la falaise pour renouveler leur réserve de liquide plus ou moins buvable. Grâce à cette eau exempte de sel, Rose avait nettoyé sa chevelure. Ses cheveux, raides comme des baguettes jaunes paille, avait repris du volume et des boucles blondes c’était reformées pour décrire sur son front de petits accroches-coeur.   

 Elle n’était plus génée de montrer son corps à Armand et évoluait souvent complètement nue. Passant même devant lui en roulant des hanches, pour faire balancer ses fesses potelées, comme une invitation. Quant à lui, toujours à poil, il l'a trouvait désormais gracieuse et désirable, épiant ses mouvements pour se délecter à la vue de ses formes voluptueuses qui ondulaient devant ses yeux. Il ne pouvait longtemps cacher son envie d’elle. Son chibre, pendant normalement entre ses jambes, gagnait en volume et se redressait progressivement en tendant son gland couleur cerise vers le ciel.

 Alors toutes les occasions qui se présentaient étaient bonnes pour l’enfiler dans la chatte de Rose qui de plus l’accueillait avec grand plaisir. Par exemple, quand elle se baissait pour ramasser du bois sur la plage. Ou bien quand, à quatre pattes, elle soufflait sur le feu. Il l’a prenait alors en levrette. Ses seins pendouillaient comme deux mamelles prêtent à traire, se balançant au même rythme que ses coups de buttoir. Il venait aussi la surprendre quand elle somnolait à l’ombre de leur cabane ou bien encore quand elle se baignait ou cueillait des coquillages. Il paraissait insatiable. De son côté, Rose ne refusait jamais ces attentions. D’ailleurs elle n’était pas en reste. De temps à autres, profitant de ce que Armand faisait la sieste, elle s'approchait de lui sans bruit et le caressait avec une plume trouvée dans la forêt ou une brindille ramassée aux alentours. Il se réveillait sans trop de surprise quand elle lui chatouillait le front, les oreilles, puis son nez qui frémissait de contrariété. Elle frôlait ses lèvres occasionnant une grimace nerveuse puis descendait sur son torse survolant sa pilosité avant d'agacer ses tétons. Quand elle finissait par l’asticoter au niveau du sexe, c’était le signal qu’il devait se laisser aller et profiter du moment offert. Il fermait alors les yeux et pouvait sentir le souffle chaud s’approcher de sa verge indolente. Rose la couvrait de minuscules baisers puis quand le gland apparaissait, s'étirant de son prépuce, elle le titillait du bout de sa langue et le gobait enfin pour qu’il finisse de grossir dans sa bouche. En bon marin, elle lui touchait les pompons puis les malaxait dans le creux de sa main. Quand le braquemard lui semblait assez dur, elle entamait alors, avec la tête, un mouvement de haut en bas, sa bouche emprisonnant le membre qui glissait entre ses lèvres jusqu’au fond de sa gorge. Les roucoulements d’Armand et les spasmes qui faisaient tressauter sa verge, annonçaient le jet orgasmique. Il se contractait, tétanisé par la jouissance, tandis que sa queue crachait le sirop visqueux qui se collait au palais de Rose. Elle l’avalait goulument comme la prime d’une victoire bien méritée. Parfois, cependant, fière d’avoir obtenu un gourdin aussi dur, elle le coiffait d’une capote et n’y tenant plus le chevauchait en s’empalant sur le pieu tendu. L’emprisonnant ainsi entre ses cuisses, elle ondoyait sur Armand, s’abaissant et se soulevant en cadence jusqu'à temps qu’elle l’arrose de son jus dans un bruit de clapotis et qu’il jouisse en elle.

La guirlande de préservatifs rétrécissait à vue d'œil. 


                                                               Chapitre XI


  Rose, pour rompre avec leur habituelle nudité, s’amusait à créer toutes sortes de costumes avec ce qu’elle avait sous la main. Une fois, elle sortit de l’eau toute couverte d'algues qu’Armand prit un grand plaisir à démêler une à une pour découvrir son anatomie. Une autre fois, elle revêtit un ensemble fait de feuilles de palmier et de deux coquilles de noix de coco en guise de soutien gorge. Ayant planter différentes fleurs et petits fruits dans sa chevelure et sur son corps, elle invita Armand à les déguster “sur place”. Il accepta aussitôt l’invitation et savoura tous les plats un à un. Quand il eut fini sa dégustation, Armand lui avoua, en s’en voulant même si cette idée avait été fugitive, avoir pensé qu’il aurait pu être obligé de la manger pour sauver sa vie. Il l’avait brouté certes, et même dévoré, aussi bien des yeux que par la bouche, mais cela n’avait pas laissé trop de séquelles.


                                          


   Quelquefois Rose prenait des poses lascives en contemplant le paysage aquatique, perdu dans ses réflexions. Dans ces moments, Armand trouvait qu’elle ressemblait à la petite sirène de Copenhague. De plus, elle l’avait bel et bien sauvé de leur naufrage. Alors il venait s’étendre à son côté et pour conjurer la malédiction de la sorcière Danoise, il la caressait doucement. Le bout de ses doigts l’effleurait et faisait naître de délicieux frissons sur toute la surface de son corps. Puis sa main se posait, sur une fesse, sur un sein, et se mettait à courir en tout sens en prodiguant papouilles et chatouillis. Les baisers remplaçaient soudain les attouchements et il glissait sur elle pour atteindre son minou. Sa langue fouillait alors le duvet pour trouver la fente qui cachait son précieux bonbon. Le petit espiègle se dérobait jusqu'à ce qu’il soit prisonnier entre les dents et torturé par la baveuse agile et déterminée d’Armand. Toute émoustillée, Rose s’abandonnait alors au cunnilingus ouvrant les cuisses en grand. Elle prenait ses seins à pleines mains et les massait en se pinçant les mamelons afin d'éprouver plus de sensations lorsque la lavette délaissait son petit bijou pour lêcher le feston de ses lèvres avant de s’aventurer plus loin de manière à fourrer l'intérieur de son con. Alors, son abdomen frémissait, agité de contractions et ses jambes se resserraient emprisonnant la tête d’Armand afin que son orgasme dure plus longtemps. Quand ses gémissements cessaient, elle se détendait et libérait son tourmenteur à demi étouffé, ruisselant de sueur et de mouille. Il remontait alors vers sa poitrine en la couvrant de baisers humides avant qu’elle ne l’étreigne dans ses bras et ne l’embrasse tendrement.


                                                      Chapitre XII


  Leur insouciance passagère retombait quand ils croyaient entendre le moteur d’un avion ou voir une voile dans le lointain. Ils se précépitaient alors pour attirer l’attention d’un hypothétique sauveteur, l’un vers le feu pour l’attiser et l’autre au pied du cocotier qui supportait leur drapeau en agitant vigoureusement les bras. Mais leur espoir retombait devant le vide du ciel ou de l’océan.

 Cependant, ils étaient partagés entre l’envie d’être secouru et la crainte de devoir renoncer à ces instants de rêves. Car en effet, une fois réglé le problème de l’alimentation et de l’abri, c’était “ÇA” la belle vie ! Regarder les étoiles, contempler le jour qui se lève sans réveil intempestif, sans pression extérieure, admirer un soleil rouge qui s’enfonce lentement dans un océan d’argent, sans télé, sans informations trompeuses ou démoralisantes. Certes ils avaient leurs soucis au quotidien, et ça leur suffisait amplement. Mais le reste du temps, ils pouvaient entièrement le consacrer à leur amour grandissant. 


                                    


       Un après-midi pourtant, alors qu’ils s’adonnaient à leur passe-temps préféré, une voile apparut à l’horizon. C’est Armand qui l'aperçut le premier alors qu’il embrochait Rose en levrette, face à l’océan. Il cessa d’un coup son va et vient, abandonnant Rose à quatre pattes dans le sable, alors qu’elle s'apprêtait à jouir. D’abord frustrée d’être ainsi privée de son plaisir, Rose se redressa et sortit de sa béatitude. Elle vit Armand qui se précipitait vers le feu pour y jeter une brassée de feuilles de cocotier bien sèches mélangées à d’autres feuilles vertes et des algues humides. Un instant étouffé, le feu reparti en crépitant et en dégageant une épaisse fumée blanche. Rose courut rejoindre Armand qui agitait déjà les bras au bord de l’eau. Elle l’accompagna dans ses gestes en direction de l’embarcation. Tout d’abord le voilier continua sa route semblant ne pas voir le nuage qui s'élevait en colonne à partir de la plage. Puis il vira de bord et mit le cap sur leur île. Ils étaient sauvés !


                       



 Alors d’un même élan, ils sautèrent dans les bras l’un de l’autre en dansant sur place et en exultant. Puis Rose fondit en larmes mais cette fois c’était des sanglots de joie. Quelques gouttelettes perlèrent aux coins des yeux d’Armand. Comme le bateau se rapprochait de la côte, ils reconnurent le “ Karina ". Et bientôt ils distinguèrent Raphaël et son épouse qui leur faisait des signes depuis le pont de leur navire. 

 Subitement, Rose et Armand se sentirent rassurés. Leur peur d’être abandonnés ici s’évanouissait d’un coup et la joie de retrouver leur couple d’anges gardiens, les envahit instantanément.

Tandis que le zodiac qui transportait Karina et Raphaël se rapprochait de la plage, Armand prit Rose dans ses bras, la serra très fort en lui disant :

  • “ Rose ! Je t’aime et j’aimerais vivre avec toi ! ”.

Rose ne répondit pas mais prit la tête d'Armand dans ses mains et l’embrassa tendrement.

 Quand Raph posa pied à terre, il dit d’un air faussement courroucé.

  • “ Je vois que vous ne vous êtes pas ennuyés ! Et nous qui nous faisions un sang d’ancre. Tout le monde vous recherche depuis qu’un petit avion a déclaré avoir reconnu un signal de détresse sur une des plages de la région sans trop pouvoir la localiser précisément. Et vous, vous êtes là à flirter tranquillement ! Bravo ! ”.

Rose et Armand eurent la même pensée à ce moment “ Si tu savais que nous avons fait bien plus que flirter.… ”. Ils se contentèrent de sourir et de répondre en coeur en se jetant dans les bras de leurs sauveurs :

  • “ Très heureux de vous revoir ! Nous avions peur d'être perdu à jamais ! ”. 

 Raphaël repoussa fermement Armand en lui disant : 

  • “Ho ! Doucement ! C'est bien gentil tout ça, mais vous pourriez peut-être vous habiller !”

  Rose et Armand se regardèrent, effectivement ils étaient encore nus comme des vers. 

Tous les quatres éclatèrent de rire devant cette situation incongrue.

 Ils étaient sauvés ! Mais à vrai dire, sauvés de quoi ?    

Leur vraie crainte concernait plutôt la suite de leur aventure. Pouvaient-ils imaginer un avenir en commun ? D’abord, il leur faudrait reprendre le cours de leur vie monotone et réapprendre à vivre au milieu des autres, avec tout ce que cela implique de mensonges et de faux semblants.

 De plus, et c’était presque le pire du pire, il leur fallait se réhabituer à porter des vêtements. La valeur des choses dépend vraiment de l’environnement dans lequel on vit.

Pourtant il allait bien falloir revenir dans cette société et peut-être même subir les quolibets générés par tous ses influenceurs décérébrés.  


                                                        Epilogue


   Rose avait perdu quelques rondeurs en raison de leur changement de régime alimentaire et de leurs différentes activités mais elle restait tout de même la pulpeuse jeune femme aux courbes voluptueues et sensuelles. Armand, lui, n’avait rien perdu de sa musculature mais n’avait, bien entendu, pas non plus pris un gramme de graisse. La nage, la marche et toutes leurs activités journalières, y compris bien sûr sexuelles, avaient entretenu leur santé physique. Certes Rose paraissait potelée, mais c’était sûrement ce qui leur avait sauvé la vie. Et puis il y avait sa force de caractère cachée derrière sa fragilité apparente. N’avait-elle pas maintenu Armand à flot toute une nuit ? N’avait-elle pas pris soin de lui malgré son indifférence ? 

Côté mental, cette expérience avait été bénéfique aux deux amants.

 Rose avait découvert que la vie, la “ Vraie vie ", était tout aussi passionnante que dans ses livres, et bien plus agréable, quoique un peu plus dangereuse tout de même. Sa rencontre avec Armand avait mal débuté mais leur romance s'était transformée en une idyllique histoire d’Amour qu’elle espérait poursuivre après leur retour à la civilisation. Elle trouvait que Armand, loin de son monde, préfabriqué par les marchands, était devenu moins con, Il avait commencé à réfléchir par lui-même et à se faire ses propres idées, sûrement aidé en cela par le tragique de leur situation.

  Pour Armand cette introspection lui avait permis de revoir son jugement sur les femmes en général et sur les gouvernantes en particulier. Il s’était rendu compte que ce n'était pas seulement le manque de choix de partenaire qu’il l'avait attiré chez Rose. Elle était tout à fait le genre de femme qu’il aimait et qui l’attirait sexuellement. Elle le faisait bander comme jamais il n’avait bandé. Il s’en voulait maintenant d’avoir eu tous ces préjugés envers sa condition. 

Il en était maintenant tombé amoureux. Non pas seulement parce qu'elle lui avait sauvé la vie, de cela il lui était reconnaissant, mais simplement parce qu'il avait pris le temps de l’apprécier en dehors de tous ses fichus aprioris. Armand venait de comprendre que Rose était loin d’être juste un fantasme de maternité ou de fertilité. Au fond elle était celle qu’il avait toujours cherché au travers de toutes ses différentes conquêtes féminines. Elle incarnait une féminité assumée, pleine et totale, pas encore étouffée à cause de nouveaux modèles esthétiques dénaturés. 

Ces nouvelles références, relayées via les médias d’une société mercantile, et instaurées au moyen de la pharmacopée et la chirurgie, ont pour but de créer des spécimens contrefaits. Ces clowns ne sont plus que des caricatures d’individus, fabriqués de toutes pièces. Ils tendent à être des exemplaires androgynes et hermaphrodites, tous semblables dans leur physique comme dans leur attitude ou leur pensées, sans caractère unique et donc manipulables et corvéables, remplaçables à souhaits.


    Après s’être rhabillés et avoir consulté Rose, Armand s’adressa à Raphaël :

  • “ Raph ! En fait, j'aimerais terminer mes vacances sur cette île, avec Rose évidemment. Pourriez vous juste nous laisser des vivres et revenir nous chercher dans quelques jours ? ”

Raphaël prit quelques secondes pour réfléchir et devant la mine suppliante de son ami il dit : 

  • “ Soit, si vous le désirez ainsi. Après tout, tout est bien qui finit bien ! Nous avons déjà prévenu les secours pour qu’ils cessent les recherches. Mais il faut contacter vos proches pour dire que vous allez bien ! Après cela, comme c’est grâce à Rose qu’un drame a pu être évité, nous pourrons fêter nos retrouvailles à sa santé comme il se doit ! “. 

Les quatre amis approuvèrent en riant.

        Oui le retour à la vie civilisée serait très dur. Mais ils se promirent de revenir le plus souvent possible jouer les naufragés sur cette île qui avait connu la naissance de leur amour.  


           

                                                

                                                                                                                               Diablotin Lubrique

                                                                                                                           

                                               


                                                


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